/

J- QCi

JO URN A L

D^HISTOIRE NATURELLE;

Redige par MM. Lamarck, BRuqui^RE. Olivier , Hauy et Pelletier.

TOME PREMIER.

''J.{fiAi w''i.

A P A R I s;

Chez les Directeurs de rimprimerie du Cerclc Social , rue du Theatre-Frangois , N". 4.

1792.

L'an q,uatrieme de la Liberte.

JOURNAL

D'HISTOIREI NATURELLEJ

N°. I.

Sur VHistoire Naturelle en g^ndral.

Par M. Lamarck.

JLi'e tube de la nature , prise dans sa plus grande etendue , embrasse tous les etres soumis a nos observations. Mais le nombre immense de ces etres, la variete infinie quiregne entre eux, la difference des domaines qu'ils occupent dans la sphere dc Tunivers , celle des points de vue sous lesquels ils peuvent etre consideres , presentoient a Fhomme un sujct trop vaste , pour que I'esprit meme le moins borne piat en saisir I'ensemble et les details. Les savans ont done ete forces de sous-diviser la science de la nature en plusieurs branches , qu'ils se sont partagees entre eux , pour les eultiver sepa- rement, et parmi lesquelles on est convenu d'ap- peller Hhtoire Naturelle celle qui a pour objet la connoissance generale et particuliere de notre globe , et de toutes les productions qui naissscnt ou se

A 2

( 4 ) formcpt a sa surface et dans son interieur. Les autrcs objets cle ritude de la nature, auxquels cetie connoissance ne s^etend pas , appartiennent a I'as- tronomie, a la physique ct a la chiinic , que nous regardons comme une parde de cetie derniere.

L'homme , place au milieu des etres , doat la consideration appartient specialement a VHistoirc JVaturelle, et lie en quelque sorte avec eux, par des rapports plus intimes et plus directs , a^^iu , dans tous les terns , fixer plus particulicrement sur eux ses regards et son attention , et chercher a les con- noitre , au moins dans la vue d'en retircr, rclativc- ment a scs besoins particuliers , tous les secours et les avantages qu'ils pouvoient lui offrir. Uetude des productions naturellcs susceptibles d'etre appro- prices a ses usages fut done pour lui , des le com- mencement , comme clle le sera toujours , un sujct d'autant plus digne de ses soins , qu'elle le met en commerce avec les ctrcs dont il est sans cesse envi- ronne , et que le crcatcur a places plus pres de lui , comme pour Tinviter a s'enrichir de leurs tributs. Or, on peut dire qu'en ce genre les decouvertes sortent d'une source toujours fecondc ct toujours inepuisable. Et combien celles doB t Thomme peut sc flatter jusqu'ici, ne lui ont-elles pas coute d'efForts , soit pour les obtenir , soit pour en transmettre la connoissance aux ages futurs j pour fixer, cntrc

( 5) cctte multitude d'ctres si varies , et quelquefois si voisins les unsides autres par leurs rapports , des limites precises qui servissent a ics distinguer nettc- ment , et fissent ressortir ceux qu il avoit le plus id'interet a ne pas confondre avec les autres , par les services qu' il etoit sur d'eu retirer ! Depuis plus de deux mille ans , que les rccherches se multiplient et se succedent sans interruption , combien la science ne laisse-t-elle pas encore a desirer , memc pour amencr les connoissancesdeja acquises au degre de perfection dont elles sont susceptibles?

Les premieres recherches en Histoire Naturellc furentbornees a la consideration d'un petit nombre d'objets , dont I'lisa^e journalier que Ton en faisoit maintenoit seul la connoissance , par Ihabitude de Ics observer. Mais a mesure que les bornes de la science se tro.uverent plus reculees , I'art de classer les objets et d'en sous-diviser Tensemble , a I'aide d'une suite de caractercs gradues et heureuscment assortis entre eux , devint plus necessaire , et le premier pas que fit cet art ingenieux futsans doute le partage de tous les etres naturels en trois regnes , savoir , le regne animal , Ic rcgne vegetal ct le regnc mineral.

Ces trois grandes divisions sont connues sous

les noms de loologie , de Botanique et dt Miner alo git.

, Les deux premieres comprennent la connoissance

( 6 ) de tous Ics etres organiques et vivans que rhomme p£ut observer, soit ceux qui , commc Ics plantes, restent attaches a la tcrre , soit ceux qui , commc Ics animaux, ont le mouvemcnt spontanea La troi- sieme a pour objet la connoissancc du globe merae que nous habitons , ainsi que tous les etres inorga- niques qui en composcnt la masse.

Or, le but que Ton s'cst propose, en publiant cet ouvrage periodique, a ete d'exposer les vrais principes des sciences dont il s'agit ; d'cn donner des applications qui puissent servir a en monrrer, en meme-teras , la justesse et Futilite ; de faire con- noitre les decouvertes des naturalistes dans les differens genres , les nouveaux faits qui se seront offerts a Icurs observations ; d'expliquer meme ccs faits, a Taide de la theorie, lorsqu'ils pourront etre ramenes a des loix qui les mettcnt en rapport avec un premier fait dont ils dependent ; en un mot , de presenter le tableau de la nature aussi fidcle qu'on ait pu le former, avec le secours des connoissances acquises, et recevant sans cesse de nouveaux traits de ressemblancc entre les mains occupees a le per- fectionncr et a en remplir les vuides.

(7)

BOTANIQUE.

Sur la nature des articles de ce Journal qui concernent la Botanique.

II nous paroit maintenant tres-superflu de trailer ici de Tutilite de la botanique , et de cherchcr a faire sentir tous les avantages que pcut procurer Tetude de cette intercssante partie de riiistoire naturclle. Ce scroit vouloir ctablir ce qui est gene- ralement reconnu , et vouloir prouver au lecteur cc dont il est sans doute lui-meme bien persuade.

Mais , il en faut convenir , cette science si utile quant a son objet , si intercssante a toutes sortes d^egards , et dont I'etude sur-tout est si attrayantc, lorsqu die est guidee par dcs principes convenables, cette science, dis-je , est d'une etendueenquelquc sorte immense ; etpour quiconqueose entreprendre de rapprofoiidir dans tous ses details, on peut dire que la durce de la vie la plus longue , est encore presqu'insuffisante. Cette reflexion , qui est assu- lement tres-fondee , ne seroit propre qua porter le decouragement dans Tesprit des amateurs , si les considerations suivantcs n'etoient dans le cas dc Icur rendrc la confiance qu'ils doivcnt mettre dana I'etudc de cette belle science.

( S )'

En effet , quclqu'ctcndue que soit la botanique, consideree dans toutes ses parties, et quelquc consi- derable que soit la quantite des objets qu'clle em- brassc ; j ose assurer qu en I'etudiant avec un certain ordre, en se penetrant bien des vrais principes qui doivent guider dans cette etude , en disposant tou- jours methodiquement les connbissances qu'on acquicrt, et nc se laissant point dominer par des prejuges r quelqu'accredites qu'ils soient ; alors on pent esperer d'acqucrir une giande etendue dc connoissances dans cette belle panic dc Thistoirc naturelle, et de pouvoir peut-etre contribuer soi- meme a ses veritables progres.

Or, pour mettrc mes lecteurs dans le cas de sc livrer avec ie plus de succes possible a Fetude dc la botanique, je me propose de distinguer constam- ment les articles que je donnerai dans cejournal , sous deux points de vue differens.

1*^. Les uns prescntes successivement, mais tou- jours sous le titre de philosophie botanique , concer- neront tantot des faits relatifs a Thistoire de la science; tantot les developpemens et la discussion de ses vrais principes ; tantot enfin la critique des mauvais points de vue mal a proposaccredites, des faux principes et des prejuges les plus repandus , qui nuisent d'une manierc evidcnte aux progres de cette belle partie de Thistoire naturelle.

2". Les

( 9 ) 2*^. Les autrcs articles seront exposes sous Ic litre d^ observations : ils offriront successivement les nouvelles decouvertes relatives a la botanique ; la description des genres nouvcaux et des nouvelles especes ; des rectifications dans les caracteres defec- tueux ou incomplets des vegetaux deja mentionnes dans les ouvrages de botanique ; en un mot , tous les nouveaux faits et les observations nouvelles qui seront dans le cas de contribuer aux progres de la science.

PHILOSOPHIE BOTANIQUE.

Histoire des saracteres. Les moyens que Thomrac peut employer pour distingucr les vegetaux les uns des autres , et reconnoitre ceux qu'il a deja observes , consistent a remarquer les differences essentielles que ces vegetaux offrent entr'eux , et a determiner ces differences avec une precision convenable. Or , ce sont ces differences ainsi determinees compa- rativement pour chaque vegetal connu , ou pour certains groupes de vegetaux consideres coliecti- vement , qui constituent ce que les botanistes nom- ment caracteres.

Ainsi , sous cette denomination de caracteres , Ton doit done entendre les marques distinctivea qui servent a faire reconnoitre les plantes deja

N". I. B

k

(lo)

observees ; ct ces marques distiuctivcs sont la cita- tion des particulaiites ou dcs differences essendelles qui pcuvent nous aider, soit a distinguerles plantcs les unes des autrcs , soit aussi a disiinguer les divi- sions mcme que Ton a etablies panni les vegetaux connus.

Mais pour decouvrir les marques distinctives dont je viens de parler, et les etablir d'une maniere solide , toutes les considerations nc sont pas egale- ment avantageuses. II en resulte que rhistoire des considerations que Ton a employees successivement pour cet objet , est vcritablement I'liistoire dcs caractcres , ce qui fait Ic sujet dc cet article.

On n'a pas toujours senti Fimportance qu'il y a dc determiner avec precision les differences essen- tiellcs qui existent entre les cspeces, parmi les etres vivans. En botanique sur-tout, ou il paroit que les premieres tentatives dc I'etablissement des carac- tcres furent faites , Ton n employa dabord que les considerations les plus vagues et les moins convc- nables : et sans doute cc ne fut qua raison dii tres-petit nombre d'objets alors connus , que les mauvals moyens dont on s'est scrvi , parurcnt etre de quelque utilite.

En effet, en remontant vers les tems les plus reculcs , I'histoire de la botanique nous apprcnd que les premieres plantes connues ne Tetoient

gueres qu empyiiquement. Mais cependant , des qu'on en connut , meme dc cette manierc, un cer-* tain nombre , on commenca par diviser ces objets connus , et par etablir , quoique sur de mauvaises considerations, des distinctions collectives , avant les distinctions des objets particuliers.

Dans les ouvrages de Theophraste et de Dios- coride, qui sont les plus anciens que nous posse- dions sur la botanique ; on n'y trouve presque rien sur la distinction particuliere des especes , mais seulement des descriptions courtes , incomplettes, ct le plus souvent tres-vagues. Neanmoins ces memes ouvrages presentent des divisions parmi les vegetaux qui y sont mentionnes. On y distingue les plantes d^apres la consideration de Icur genera- tion , de leur lieu natal , de leurs qualites propres , soit alimentaires , soit medicinales ; enfin de leur grandeur et leur consistance.

Cette mauvaise maniere de diviser les vegetaux , c'est-a-dire , d'etablir parmi eux des distinctions collectives , fondees sur des considerations tout-a- fait contraires a la conservation des rapports , fut long-tcms en usage : en effet, quoique Gesner cut la gloire d'avoir pense le premier que c'etoit dans la fleur et le fruit qu il falioit puiser les considera- tions les plus propres a classer convenablementles plantes; long-tems encore apres Gesner , on fij.

B 2

( la) asage , pour Ics classifications dont il s'agit , des considerations tirees du port des plantes, de leur lieu natal , de leur consistance et leur duree , et de leurs qualites propres.

Charles I'EcIuse [ Clusius ] , cet excellent bota- niste du i6*^. siecle, le premier qui nous donna des descriptions fort cxactes des parlies du port des plantes dont il traite , et d'assez bonnes figvfres ; ce botaniste , dis-je , ne divise point son histoire des plantes rares , ni son livre des plantes exoti- ques , sur des raeilleures considerations que cellcs dont je viens de parler.

L''onsaitaussiqueDalec}iamp, leBouc [Tragus] , Lonicer, Dodocns [Dodonaus] etLobel, botanistes du merae siecle , ne firent point de meilleures clas" sifications des vegetaux inentionnes dans leurs ou- vrages , et qu'ils negligerent presque entierement les considerations que la fructification pouvoit leur offrir.

Enfin , Cossalpin a la gloire d'avoir le premier employe dans la composition de sa methode pour classer les plantes , des caractcres tires de la consi- deration du fruit : et a ce sujet , nous avons dit aillcurs que , quoique sa methode, qui est verita- blement la premiere qu'on ait imaginee pour classer les plantes, soit sujette abeaucoup d'inconveniens ;

( i3 ) il s'cn faut cependant qu elie soil la plus mauvaisc dcs methodesdebotanique qu'on a publieesdepuis.

Csesalpin a encore la gloire d'avoir le premier emprunte des catacteres de la situation de Tem- bryon dans la graine : consideration importantc dans les determinations des rapports naturels , qu'onatrop negligee jusqu'a nos jours , dont nean- moins MM. de Jussieu et Gaertner ont su tirer grand parti, et que C^esalpin employa seulement a Tegard des arbres et des arbrisscaux , qu'il distin- guoit des herbes.

Depuis Caesalpin jusqu'a Tourncfcrt , les me- thodes imaginees pour classer les vegetaux porterent plus ou moins sur des parties dc la fructification ; mais aucune d'elles ne fut exempte du mauvais usage ou Ton etoit d'employer des considerations tirees du port des plantes. Ainsi , Rai et Morison , qui , dans les classifications qu ils etablirent dans Icurs ouvrages , empruntercnt beaucoup de carac- teres de la consideration du fruit , n'ont pu neail- moins s'abstcnir de distinguer les herbes des arbres, ct d'employer en outre d'auires considerations tirees des parties du port des plantes. C'cst ainsi que I'une des classes , dans la methode de Rai , a pour carac- tere la consideration des fcuilles disposees en etoilc \ folia stellata S. verticillata ] ; et que Morison, dans sa methode , a etabli une classe des herbes

( 14) grimpantes [ hcrb(e scandenf.es ] , ct une classc cics herbes culmiferes [ herba culmifer^. ]

Tournefort , dans la belle methode qu'il etablit pour classer les vegetaux , methode dont Fusage n'exigeoit qne les observations les plus faciles , cc qui fit que tous les savans de TEurope I'adopterent pendant long -terns ; Tournefort , dis-je , n'auroit employe dans sa methode que des caractcres tires de la fructification [ tels que la corolle ct le fruit] , s'il eut eu le courage dc negliger cette considera- tion si regue de son terns , qui consistoit a distin- guer les hcrbes , des arbres et arbrisseaux. A cet egard , il ne profita point de Texemple que lui donnoit alors Rivin , a qui il laissa faire ce glo- rieux pas vers la perfection de la scieace , sans y participer.

Maintenant encorebien despersonncs, qui n'ont point fait une etude approfondie des vegetaux , ont <le la peine a croire que la distinction des herbes , ■d avec les arbres ct les arbrisseaux , soit recllement mauvaise ; qu'elle rompe quantite de rapports na- turels ; et qu'en un mot elle ne soit pas une ligue de separation tracee par la nature meme. C'est ce- pendant ce qual y a de niieux prouve en botanique ; ■un grand nombrc de genres tres-naturels , compre- nant parmi les especcs qui s'y rapportent , des herbes , des arbrisseaux et des, arbres.

( i5)

Tous Ics botsnistes , depuis Tournefort , sont generalement convaincus que les classifications de vegetaux , quelque consideration qu'on eraploie, nc doivent etre detcrminees que d'aprcs des carac- teres cmpruntes des parties de la fructification. C'esfc sur-tout Linnaeus qui a mis ce principe en evidence, Cependant on objectcra que , posterieurement a, Tournefort, Sauvage a public une methode fondec 6ur la consideration des feuilles des plantes , et Guettard une autre sur celles des glandcs et des poils dont elles sont ou garnies ou depourvucs. Jc repondrai que ces botanistes , comme ils le disent eux-memes, n'ont pas pretendu par la, nier ou rejeter le principe bien reconnu que nous venons d'enoncer , mais seulement offrir des moyens par- ticuliers pour aider a leconnoitre Jes vegetaux , lorsqu'ils sont depourvus de fructification.

OBSERVATIONS.

On sait qu il y a diverses manieres de contri- buer aux progrcs de la botanique : on y parvient; 1°. en ajoutant aux connoissances acquises , des connoissanccs nouvelles ; 2°. en eclaircissant les faits obscurs ou inccrtains , et en complettant les connoissances imparfaitcs ; 3°. en relevant et rec- tifiant les erreurs.

( i6 )

Dans Texpitse sulvant , que Ton pent ranger dans le premier des trois cas ci-dessus, nous pro- posons un nouveau genre de plantcqui nousparoit assez distinct de ceux avec lesquels il a le plus de rapports , ct auquel nous avons donne le nom de M. Roth , savant botaniste AUemand. En void le caraetere.

R o T H E.

Syngenesie. Polygamic egale.

Caract. ess. Flcur flos- culeuse. Cal. polyphylle: a folioles membraneuses, colorees superieurement. Aigrette ecaillcuse , sca- rieuse. Recept. nud.

Caract. nat.

Cal. Commun presque simple , polyphylle : a folioles ove'fdes , mem- braneuses, laches, colo- rees superieurement.

Cor. Composec , flos- culeusc. Fleurons herma- phrodites, egaux, nom- breux.

R O T H I A.

Syngenesia. Polygamia er qua lis.

Charact. ess. Flosjlos- culosus. Cal. polrphyllus : foliolis membranaceis su- pcrne coloratis. Pappus squamosus scariosus. Recept. nudum. Charact. nat.

Cal. Communis subsim- plex , polyphyllus -.foliolis obovatis membranaceis su~ perne coloratis laxiusculis.

Cor. Composita , ^os^

culosa. Flosculi herma^

phroditi , (rqualcs , nu-

merosi.

Cor.

( 1

Cor. proprc mono-

petale , infundibuli-

forme , hispide : a

limbe quinqaefide ,

reflechi.

Etam. Cinq filamens

capillaires , courts. An-

therc cylindrique , tubu-

Icuse , striee , plus Ion-

gue que le fleuron.

Pisi. Ovaire inferieur, turbine , un peu velu. Style filiforme, aussi long que les etamines. Stig- mate saiilant , bifide , roule en dehors,

Peric. Aucun. Le ca- lice en tient lieu.

Sem. Solitaires , ' ovoi- des , couronnees par des ecailles scarieuses, seria- les.jointes en urccole.

Reupt. Nud , presquc plane.

Rothe dt Caroline.

EUe croit dans la Ca- roline meridionale,

N^ 1.

7 )

Cor. Propria mono-

pttala , infundibuli-

forviis , hhpidida :

Umbo quinquejido , re-

Jlexo.

Stam. Filamenta quinque ,

capiilaria , brev'a. An^

thera cylindrica, tubulosa,

striata , Jlosculo longior.

Pist. Germen inferum , turhinatum , subhirsutum. Stylus Jilijormis , longi- tudifie staminum. Stigma exsertum . bifidum , revo" liitum.

Peric. JSfullum. Calyx itnmutatus.

Sem. Solitaria , obverse ovata , coronata squarnis serialibus scariosis', in tcr- ceolnm coalitis.

Recept. Kudiim , pla- niiiiculum.

Rothia Carolinicnsis. 1. 1.

Habitat in Carolinia meridionali.

C

( 18)

Cctte plante singulicre a le port et le fcuillage dc certaines centaurees ; le calice des scabieuses ; et sa fructification cependant la rapproche beaucoup du geure ethulia par ses rapports. .

Elle s'eleve a la hauteur d'un pied ou un peu plus , sur des tiges droites , herbacees , un peu anguleuses , feuillecs, et garnies de rameaux laches, disposes presqu'en corymbe. Ces tiges sont a-peu- pres glabrcs dans leur partie inferieure , mais vers leur somraet elles sont legeremcnt tomenteuses et blanchatres. Les feuilles sont altcrnes , profonde- mentpinnatifides, a decoupures lineaives, obtuses, }a plupart un peu incisees ou munies de quelques dents rarcs et inegalcs. Ces feuilles sont verdatrcs en dessus , legeremcnt cotonneuses et blanchatres en dcssous : les Inferieures sont petiolees et plus grandes que les autres; les superieures sont petites, sessiles, rares ou distantes. Les fleurs sont termi- nales , pedonculees , droites , d'un blanc pale , et ressemblent en quelque sorte , par leur aspect , a celles de certaines scabieuses. Elles sont orbicu- laires , mediocrement convexes, et ont huit a dix lignes de diametre. Leur calice commun est presque simple, polypbylle ; forme de neuf ou dix folioles ovoides , planes , verdatres vers leur base , blan- ches et membraneuses a leur sommet , un peu laches , et comme embriquees par les cotes , sc recouvrant latcralement les unes les autres.

( »9) Cette plante a ete decouverte dans la Caroline meridionale , par M. Andre Michaux , botaniste Fran^ais , qui parcourt , depuis plusieurs annees , par ordrc du gouvernemcnt , Ics diverses contrees dc TAmeriquc septentrional e. On la Guldve au jardin dc botanique de Paris , de graines envoyees par ce botaniste. Ellc fleurit en aout et septembrc. Toute la plante a un aspect assez agreable, de I'ele- gance dans son port et son feuillage; mais ses fleurs ont peu d'eclat, malgre leur grandeur.

Explication dtsjigurcs.

Explicatio iconum.

A. Fleuron separe.

B. Le meme ouvert.

C. Pistil.

D. Ecaille de Taigrettc.

E. Plante entiere , de grandeur naturelle.

A. Flosculus separaius.

B. Idem apertus. G. Pistillum.

D. Squamula pappi.

E. Planta intcgra , mag^ nitudine naturali.

C 2

\

( 20)

DESCRIPTION

Dc deux coquillei , des gmres de fOscabrion el dc

la Pourpre.

Par]. G. Bruguiere,

AvANT d'cntrer en maticre, je croi? necessaire de dire un mot sur la conchyliologie , et sur la maniere dont clle sera traitee dans ce journal.

Cette panic deTHistoire naturelle , qui traite^des coquillages , fut long-tems un objet de curiosite, qui ne parut pas meritcr , meme de ceux qui pou- voient le plus Tillustrcr , ni la meme severite dcs ptincipes , ni la meme justcsse dans I'cxecution , que Icurs contemporains avoient apporte dans les autres panics de la Nature , qui lurent Tobjct de leurs etudes, Les ouvrages de Conchyliologie , qu'on (ionnoissoit avant Linnasus, etoient pour la plupart dc simples catalogues systematiques des coquilles que leurs autcurs etoient parvenus a reunir , a qui des phrases plus ou moins detaillees tenoient lieu denoms, et le plus souventde descriptions, comme si les figures , qui faisoient le principal merite dc CCS ouvrages , pouvoient suppleer , dans le plus grand nombre de cas, a Tinsuffisance dcs caracteres dccrits , limitcr rextreme analogic qui se trouve cntre beaucoup d'especes, et enfin remplir les vues

(21)

d'instruction ou d'utilite qu'on doit toujours se proposer dans I'etude dc la Nature.

Lirxnasus , dent toutes les idecs etoicnt metho- diques , scntit le premier la necessite de reformer eette maniere vicieuse qui s'etoit introduite dans la Conchyliologie , il donna unc forme scicntifique aux notions deja acquises , il en ajouta quelques nouvelles a celles de ses predeccsseurs , et posa , comme autant de pierres d'attcnte , Ics premieres generalites que Ton connoit sur les vers testaces. Cettc panic dc son travail, concernant les vers des coquilles qu'il sembloit indiquer a Tobservation , plutot comme unc lacune a remplir , que comme un modele a suivre, n'a pas ete bcaucoup perfec- tionnee apres lui ; MM. Adanson , Geoffroy et Muller ont ramasse , a la verite , avec un zele et des difficultes qu'on ne sauroit trop apprecicr , nombre dc materiaux utiles qui trouveront un jour leur emploi, mais en attendant que les vers des coquilles soient assez connus pour fournir matiere a unc methodc non arbitraire , qui pone egalement et sur les coquilles et surlcurs animaux, il convient de se borner a la seule connoissance des coquil- lages , sans negligcr cependant tout ce que Tobser- vation pourra nous presenter de nouveau sur Tor- ganisadon , les habitudes et la physiologic de leurs habitans.

{ 22 )

LaConchyliologie, consideree independammcnt des vers testaces , est deja assez etendue et assez riche dans ses rapports avec Ics autres connois- sances , pour meriter une etude serieuse; 020105 riche en especes que rentomologie , elle Test cc- pendantbeaucoup plusqu'on nelepensecommune- ment , parce qu'il n'existoit point encore d'ouvrage Gu I'on eilt reuni toutes celles qui sont deja con- nues , avanf que M. Graelin eut entrepris de nous en presenter le tableau.

Neanmoins on ne peut pas encore se flatter , avec quelque vraisemblance , dc connoitre plus dc la cinquieme partie des coquilles qui existent. S'il est vrai, comme je n'en doute pas , que le nombrc des especes connues actuellement, s'eleve a pres de trois mille quatrc cent , il ne Test pas moins aussi que celui des especes a connoitre doit etrc beau- coup plus considerable , puisqu'il doit etre pro- portionne aux parties des cotes maritimes qui n'ont pas ete encore visitees , au grand nombre de lacs et de rivieres dont les habitans nous sont egalement inconnus , et enfin aux vastes contrees de la terre ferme qui n'ont pas ete encore parcourues , et qui, ainsi que la meret les rivieres , fournissent par-tout presque autant de vers testaces que les cotes mari- times qui leurs sont adjacentcs.

Si on ajoute a toutes ccs especes, qui parvien-

(23) --

dront avcc le tcms a notre connoissance , les co- quilles fossilcs ou petrifiees que la mer a deposees sur la surface de la terre , et qu'on y trouve dis- persees par grands bancs , depuis des hauteurs considerables jusqu'aux plus grandes profondeurs, qui pourra disconvenir que le nombre descoquilles connues ne doive s'accroitre journellement dans une progression imposante , et que la partie de Ihistoire naturelle , qui en traite specialement , ne doive pretendre , comme -toutes les autres , a tenir un rang distingue parmi les connoissances humaines.

Ceux qui cherchent dans les sciences des dis- tractions agreables , des applications utiles, ou des rapports nouveaux avec d'autres connoissances , dont elles seulcs peuvent nous donner Tentree ou Tapplication, trouveront tous ces avantages reunis dans la conchyliologic. Les collections des coquilles joignent a Tagrement de leur jouissance la facilite et la surete de leur conservation ; elles offrent, dans la comparaison des coquilles avec leurs ani- snaux , dont le plus grand nombre est inconnu, une source feconde de nouvelles decouvertes , et dans leurs rapports entre les coquilles fossilcs avec les lieux de la terre ou on les trouve, et les co- quilles marines avcc les contrees qu elles babiient maintenant , un moyen unique de remonter, avec

( H) quclque certitude, jusqu'aux siecles Ics plus anti- ques de notre globe , et de recueillir des medailles incontestables de son ancien etat.

Ces applications ne peuvent avoir lieu que par la connoissancc exacte des coquillcs , ct par cellc de leur veritable patrie. Leurs plus petites especcs scront ici recueillies comme les plus grandes , quand clles seront nouvelles , ou confondues avcc d'autres deja conniaes ; car les petites coquilles sent ordinairement les mieux conservees parrai les fos- siles , et elles fournissent d'aiUeurs , aussi-bien que les autres , la preuve de leur ancienne existence, la oii on les rencontre maintenant. Je suivrai , dans ce Journal , la methodc que j'ai adoptee pour le die- tionnaire des vers de i'encyclopedie methodique , c'est-a-dire , celle de Linnaeus , augmentee de plu- sieurs genres , dont les uns sont deja decrits , et dont les autres continueront a Tetre successivement daps ce Journal.

Des descriptions tres detaillees ne convenant qu'a un ouvrage londamental , tel que le dictionnairc de rencyclopedie , je me bornerai a presenter ici des descriptions systematiqucs , qui, avec lesecours des planches, rempliront egalement mon objet, et seront plus que suffisantes pour la connoissancc ct la distinction exacte des cspeces.^ Cela pose , je viens a mon sujct.

Des

(25 )

Des deux Goquillcs dont je vais donne.r la des- cription , la premiere est marine, et appartienc au genre de VOscabrion ; la seconde , du genre de la Pourpre, est assez commune dans Tetat fossile , et si rare dans son type marin , qu'on n'cn conno-it encore qu'un seul individu. Ces deux coquillcs s'ecartcnt egalement des autres especes de leur genre par une organisation qui leur estparticulierc , et meritent bien , par cette singularite , la pre- miere place qu elles tiendrontdans cette collection.

OscABRiON cpineux. Chiton spiJiosus.

OscABRiON. Valves Chiton. Valvis /<?-

lisscs , celles des cxtre- vibus , binis cxlrcmitarum

mites trilobees, ligament trilobis , ligamento spinis

garni d'epines testacees, testaceis, mobilihus , stria"

mobiles , striees , legcrc" tis , subarcuatis , ni^res-

nient arquees , noiratres. centibus. Tab, "a , Jig. i ,

Pl.2,%1, 2,A,B,C. 2,A,B,C.

Longueur , compris le ligament , 3 pouces. Sans le ligament , 2 pouces 6 lignes.

Largeur , compris le ligament , 1 pouce 9 lignes. Sans le ligament, 10 lignes.

Forme , ovale , convcxc au-dessus , concave en dessous.

N°. I. D

( .6)

Valves , huit , arquees , lisses , sans angles sur leur convexite , legerement rostrecs au milieu dc leur bord posterieur; valves anterieure et posterieurc petites , trilobees , lisses.

Ligament, epais , d^une consistence dc cuir , garni dun duvet epais et d'epines nombrcuses , arqueees , inegales , greles , diminuant inscnsible- raent jusquau haut, longues depuis quatre jusqu'a six lignes , portant un collet au-dessus de leur base , qui est embrasse par une membrane , striees sur leur longueur , et terminees a leur sommite par une- coupe oblique , en bee de plume.

Coulmr , des valves , gris-de-fer nuee de verdatrc , (Et veinee transversalement de lignes brunes peu apparentes , celle des piquants noiratre , celle du ligament marron clair.

Fatrie , inconnue, J'ai eu occasion de voir cctte coquiljie precieuse chez M. Gaillard , marchand dliistoire naturelle , rue de Richelieu , qui m'a perrais d'cn publier la figure et la description.

Observations. Cette coquille presente dans la forme trilobee de scs deux dernieres valves , et dans les longues epines , dont le contour de son ligament est arme, un caractere qui la distingue eminemment des autres especes de son genre, ct meme de celle qui a ete mentionnec sous le nom de chiton aculcatus par Linnaeus, ct sur laqucUe, a

y

(2? )

cause de la brievete de sa dcscviption , et rmcon-* venance de ses synonimes , on peut douter qu'clle n'aie ete confonduG avec une autre espece a liga-« ment epineux , qui a ePe decrite et figuree par M. Chemnitz , dans le dixierae volume de la Conchyliologie de Martini.

L'especcdeLinnsusporte, suivantlui, des epines legerement arquecs, inegales , etroites ct rouges, dont il a neglige d'indiquer la longueur , ct huit valves striees transversalcment, sans angles, dont la huitieme , c'est-a-dire la derniere , est la plus petite. Elle est done tres-differente de celle-ci , dont les valves ne sont point striees , dont Tanterieure ct la postericure sont petites , egales entre elles, et bordees en dehors par trois lobes , et dont enfin les epines sont longues , saillantes , striees et noiratres , ce qui ne se rencontre pas dans I'espece de cet auteur. Mais le chiton acukatus de Linnaeus est-il la memc coquille que M. Chemnitz a decrite sous ce nom , c'cst ce a quoi il est assez difficile de repondrc , parce que , d'une part , la description de Linn^us n'est point assez detaillec , qu elle est memc contradictoire avec les figures des auteurs qu'il y rapporte , et que , de Tautre, I'individu que M. Chemnitz a decrit etoit si degrade et si carie «ur la convexitc de ses valves , quoique d'ailleurs bien conserve, quand au ligament, qu'on ne peut

D 2

( 28 )

^Ire affifmatlvement si elks etoient striees ou lisses , tandis que c'est ce seul caractere qui pourroit les rendre semblables ou differentes.

Mais, soit qu'il existe deux ou trois especes du genre de Yoscabrion , a. ligament garni d^epines solides ardculees , il n'en est pas moins vrai que ces especes forment unc transition bien marquee de Tordre des vers echinodcrmes avec celui des vers testaces ; qu'elles ont de Tanalogie avec les pre- miers par les epines articulees qu'elles prescntent sur ieur ligament , a Fexclusion de toutes les autres coquilles connues , et qu'elles s'accordent avce les seconds par la structure de Ieur partie solidc testacee , par Taffinite de leurs animaux avec celui des doris , de Tnrdre der vers mollusques, et en fin par Ieur manicre de vivre, qui se rapproche davan- tage dc celle des coquiiics proprcment dites , et notarument des patelles , que de celle des aster ies ou des oursins.

II resulte dc ce que je vicns dc dire , que Ic genre de Yoscabrion pcut etre dorcnavant divise en quatrc sections , dont la premiere conticndra ceux a ligament epineux , et par consequent I'espece dc Linnaeus et la mienne ; la seconde , ccux a liga- ment velu ; la troisieme , ceux a ligament ecail- leux ; ct la quatrieme , les especes a ligament Hsse.

( 29)

POURPRE tubijere.

Purpura tulifer.

PouRPRE. Ouatre Purpura. Varicilm varices saillantes a epi- quadrifariis devatis spi- nes arquecs, spiraXts we- 7iis arcuatis , anfractihus neuscs tubiferes , canal venosis tuhiferis , cauda ferme presque tronque. clausa suhtruncata. Tab. PL 2 , fig. 3 , 4. 2 , Jig. 5 , 4.

Murex Pimgms ; testa spiraque multlfariam sub frondoso - spinosis , spinis fistulosis , anfractibus protractis, cauda truiicata, Brander io?,s\\. hampton. pag. 35 , tab. 3 , fig, 8i , 82.

Favamie, conchyl. PL 66 , fig. N , 3.

Longueur, 1 pouce 2 lignes. Largeur , 7 lignes.

Forme, ovale, bombee au milieu , presque egale- ment retrecle aux deux bouts , garnie sur toute sa longueur dc 4 varices unpeu obliques etcontinues.

Spire , conique , composee de neuf spirales convexes , legerement bombees , garnies dc veincs saillantes longitudinales et transverses , ct d'unc tubulurehorizontale cylindracee tronquee aubout, dans I'intervallc dc chaque varicc , la tubulurc voisine de I'ouvcrture ouvcrte , les autres fermees.

Varices, quatre, peuelcvees, continues et garnies d'epincs crochucs , incgales, distantes.

(So)

Ouverture , ovoidc , arrondie vers Ic haul , ct rctrecic a son cxtremite opposec; le bord de la levre droite simple et sans dents ; la levrc gauche saiilant€L ; le canal court , entierement ferme en avant, presque tronque au bout , et legerement rccourbe vers le dos.

Couleur , blanchatre dehors commc dedans.

Patrie , I'isle de Ceylan.

Observ. Cette coquille etoit deja comptee depuis » long-tems panni ies coquilles fossiles , dent on soupconnoit que le type niarin anologue etoit perdu; on la trouvoit assez communemerft aCour- tagnon , en Champagne , a Grignon , pres de Versailles , et dans le comte de Hampton , en Angletcrre , mais personne n'avoit encore parle dc sa coquille marine , dont il existe cependant un individu dans la collection du feu docteur Hunter , a Londrcs , qui a ete vu et examine par M. Hwass , tres-savant conchyliologiste Danois , dont je tiens cette indication , avec celle de sa patrie , qui lui avoit ete certifiee par le dccteur Hunter.

II est etonnant qtie , malgre que cette coquille ait ete connue depuis long-tems dans Tetat fossilc , personne n'ait encore remarque une structure qui lui est propre, ct qui la caracterise parmi toutcs Ies autrcs coquilles univalves , d'une maniere peu

(Si )

commune. Ellc consiste dans la forme et Tusagc des tubulures qui sont placees une a unc dans clia- que intervalle des varices , dont la derniere , la plus voisinc dc I'ouverture, est toujours percee dc part en part, pour fournir vraiscmblablemcnt pas- sage a quelque organe de son animal, M. Brander ayant considere ces tubulures comme autant d'epines fistuleuses , dont Tcxtremite etoit cassee , ne poussa pas plus loin ses recherchcs. Mais il m'cst mainte- nant demontre qu'ellcs sont cssentielies a. cette coquille , et que vraisemblablcment , corame dans les haliotides , I'animal , a mesure qu il augmente sa coquille , sc menage ces ouvertures pour Ic pas- sage des excremens ; cette organisation , peu com- mune , pcut dependre de ce que son anus , au-lieu d'etre situe au cote droit du col , comme dans les autres vers testaces , est place dans celui-ci un peu plus bas , et forme dans cette partie une saillie qui , a Tepoquc de Taugmentation periodique de sa coquille , sert de moule a la tubulure testacee qui se depose autour. Cette tubulure , ainsi formee, sert a I'animal jusqu'a un nouvel accroissement de sa coquille , mais lorsqu'il se deplace de nouveau , elle est bientot bouchee par la transudation tes- tacee des parties posterieures de son corps , ct il n'en reste jamais qu une sculc d'ouvertc, a laquelle doit correspondre son anus.

( S2 )

On voit, dans I'ouvrage du pere Soldani (i) sur les ammonites ct les nautilites de la Toscane, pi, g , fig. 5g , f, F, une petite coquillc du genre du fuseau , dont il paroit que les spirales sont per- forecs par des tubulures analogues a. celles de la pourpre tiibifere , mais dont la direction est diffe- rente , puisque , au-lieu d'etre horizontales , ellcs sont tournees vers le sommct de sa spire. Lacourte description (2) que cet auteur en a donne sufEt bien pour faire soup^onner dans cctte coquille une organisation semblable , quand a. la partie des tubulures , a celle dc la pourpre tuhifere ; mais elle n'indique pas si la derniere tubulurc , qui repond a I'ouverture de la coquille , est ouverte ou fermee dans I'interieur , ce qui me porte a croire qu'il ne connoi-ssoit pas plus cette singuliere structure que MM. Brander et Favanne nela soupsgonnoient sur lespece dont je viens de donner la description; ceitc coquille du pere Soldani , qui , dans notrc

(l) Saggio orlt'ogvafieo ovvero osservazioni sopva le t«rre nautiiiLiche ed animouitiche della Toscaua , dal padre D. Ambrogio Soldani , 4°. in Siena 1780.

(2.) Miirex sen etiam strombus miiricalns ( ore non perfecte integro ) siilcatus , papillosiis , et quatnor iu iinaqnarine spira mucronibus prsditus longiusciilis , aciitis , vaciiis tuberciilis int^riectis ; Soldani^ saocio orittogr. append, pag. iia, art, 94.

methode ,

(33) metliode , doit etre placee dans le genre du fuscau , n'est connue que dans I'etat fossile , et n'a ete en- core trouvee qu'aux environs de Pise , pres du lieu dit la Coroncina.

Explication de la planche 2.

Figure 1. Oscabrion epineux de grandeur naturclic vu en avant. 2. Le nieme, vu en arriere.

A. Une epine grossie.

B. La meme , de grandeur naturelle.

C. Collet de la base de I'cpine, qui est em-

brasse par une membrane.

S. Pourpre tulijere renversee , vue du cote de louvertiire , pour qu'on apper- goive Torifice interieur de sa dernierc tubulure.

4. La meme , vue sur la face du dos dans la position ou nous considerons Ics coquilles univalves dans Icurs des- criptions.

M E M O I R E

Sur I'litilite de Vetude des Insectes , relativement a I Agriculture et aux Arts.

Par G. a. Olivier, D. M.

Si un des plus grands vices des connoissances humaines , c est d'avoir cte d'abord fixees sur N°. 1. E

(34) les objcts qui meritoient le molns Tattcntion dc rhomme ; si la premiere des sciences , celle de la Nature , n a ete veritablement cultivee que de nos jours ; il est encore dans cette science , en general , des parties qui paroissent subir la ineme destinee , et qui , quoique des plus utiles a con- noitre , sont loin d'avoir obtenu le prix qu'eiles meritent, et sont livrees a FindifFerence, ou meme au dedain le plus injuste. Jc ne chercherai pas a cnlever a la Botanique et a la Mineralogie , rim- portance qu'on leur a donnee, et la gloire qu'elles ont eu d'avoir le plus attache les recherches des Naturalistes. Mais qu'il soit permis de demandcr pourquoi I'Entomologie languit encore dans une espece d'obscurite, et semble etre releguee parmi les connoissanccs oiseuses , ou meme inutiles. Si un Entomologiste veut enfin faire restituer a Fobjet constant de ses meditations , le tribut qui lui est da , c'est parcc qu'il a ses droits fondes sur les prcuves les plus positives et les plus nombreuses. C'estaussi sur ces preuves que je vais etablir une discussion relative a I'utilite de I'etude des Inscctes.

Lbrsqu'on voit que ThoiBme a pu penser que les etoiles ne brilloient dans les cieux . que pour charmer sa vue et decorer ses nuits , on ne doit point etre etonne qu'il ait pu penser aussi . que tous les etres qui vivent avec lui , n'ont eie crees que pour satisfaire a ses besoins ou a ses plaisirs

I

(35 )

C'est d'apres cette idee qu'il a cru avoir le droit dc murraurer centre la providence , de blasphemer I'auteur dc toutes choses, lorsqu'il a vu des orages se former sur sa tete , ou lorsqu'il a trouve sur ses pas , des aniniaux qui n'ont pas plus respecte sa personne que ses proprietes. II nest plus perrais sans doutc de partagcr des prejuges que la Philo" sophie , en sc manifestant , a fait disparoitre. II n'ess •plus permis d'ignorer que tous les ctres ont Ics memes droits a la vie , des qu'ils ont regu les moyens de vivre , quils ont tous aussi les memes droits a Temploi de ces moyens , des qu'ils sont necessaires a la conservation de leur vie : ainsi , quoique les Insectes soient de tous les animaux ceux qui nous sont les plus nuisibles , nous navons regu de la Nature , d'autres droits sur eux , que ceux que la force ou I'intelligence peuvent nous donner; ct nous devons observer que, vis-a-vis de ces etres , qui doivent nous echapper sans ccssc par leur multiplication ou par leur petitesse, nous avons bien plus a attendre du sccours de i'intelli- gence , que dc celui de la force.

Nous montrerons sans doute bien mieux la ne- cessite de nous occupcr du soin de connoitre et dc detruire les Insectes , en jettant d'abord ua coup- d'ceil rapide sur les degats qu'ils peuvent ccca- sionncr , degats souvcnt incalculables , qui ne sont

E 2

( 36 ) connus , et memc vaguement , que de ceux qui les eprouvcnt,

Lcs Insectes nuistiit aux Vegetaux.

Tous les vegetaux sont attaques par des Insectes dans une ou plusieurs de leurs parties , et sonvent dans toutes a-la-fois. Racines, tiges, feuilles, fleurs, fruits , semences , tout est expose a etre devore par des Insectes ; aucune production n'en est exempte. Chaque vegetal , dans le sol qui lui est propre , a toujours un ou plusieurs rongeurs , ainsi que cha- que animal a un ou plusieurs ennemis : on compte plus de deux cens Insectes qui se nourrissent sur le chene scul. L'olivier, lavigne, dans nos climats , la cannc a sucre , le cotonnier , dans les climats cliauds, sont de memc ronges par un nombrc con- siderable d Insectes differens.

La nature , en creant tous les etres, semble IcS avoir condamnes a se detruire entr'eux ; mais elle a destine plus particulierement lcs vegetaux a servir de nourriturc aux animaux. Cependant , pourquoi faut-il que le cultivatcur, qui s'occupe des travaux les plus utiles , soit le plus expose a pcrdre les fruits dc ces travaux? Pourquoi faut-il que ce soit dans les champs lcs mieux soignes , dans les jardins et les vergers lcs mieux cultives , que nous trouvions les traces des Insectes marquees par le plus dc ravages. Nous n'aurions qu" a citer les seulcs chenilles , pour

(37) denonccr dcs fleaux qui se reproduiscnt sans ccssc sous toutes les formes , et qui attaqucnt la vegeta- tion dans tous ses produits et dans tous ses ages. Elles mincnt les tiges , rongcnt les feuilles , ciron- nent les fruits , et detruisent ou alterent presque tout ce qu'elles touchent. Les unes n'attendent pas qu'une plante puisse leur fournir dc la nourriture pendant plusieurs semaines , elles I'attaquent avant son developpement , ou Tengloutissent des qu eile commence a paroltre. La plupart dcs oeufs dcs In- sectcs , pondus en ete ou en automne, eclosentau printems suivant , au moment que les arbres com- mencent a pousser ; d'autres eclosent meme avant I'hiver. Les larves dcs uns et des autres se repan- dcnt sur les arbres , ct detruisent tellement les bou- tons et les feuilles naissantcs , que souvcnt e'en est fait des fruits de Tannee. Combien de chenilles sur- tout concourentafaire ce ravage, ct reduisent quel- quefois les arbres au meme etat ou ils etoient pen- dant Thiver I et Ton n'ignore pas que cct ctat dc depouillement a les suites les plus funestes. II y a des Insectes , tels que les Bruches , qui se logent dans les graines et les fruits, et en detruisent le germc; d'autres, tels que leCossus, le Lucane, pene- trent sous I'ecorce, et en retirent la seve jusqu"a faire secher I'arbre sur pied ; la plupart , non con- tens de manger I'ecorce , s'attachent au bois , et vicnncnt a bout de detruire des forcts entieres.

( 58 ) Combien IcTaupe-grillonn'cst-il pasredoutableaux racines dcs plantes! est-il unc grele plus destructive que ces nuees dc Sauterelles, qui quittent souvent des pays eloignes, traversent les mers , fondcnt sur des champs cultives, et en enlevent en peu d'heures jusqu'a la moindre verdure. Les Charansons , les Cadelles, en pergant le bled raur , et en devorant la pulpe farineuse , degarnissent les granges et les greniers d'une matiere alimenteuse devenue si ne- cessaire ; enfm les farines, elles-memes ne sont pas plus epargnees par les larves des Tenebrions , de quelques Vrillettes ct par des Mittes.

Mais combien ce tableau de devastation , de la part des insectes , pourroit etre charge de traits plus nombreux et plus etonnans , si nous parcourions ces climats ou la terre plus feconde, et le soleil plus ardent, rendent ces etres bien plus funestes et bien plus redoutables encore qu'ils ne le sont parmi nous. Nous y verrions dcs Fourmis, des Termcs , des Blattes, des Sauterelles , des Gucpes, des Chenilles ronger, devorer tout ce qu'ils rencontrent , et multiplierquelquefois au point de forcer les habitaiis d'une contree a aller chercher au loin une nourriture que la fecondite du sol ne peut plus leur fournir.

Quelques citations plus particulieres feront peut- etie encore mieux sentir une verite , qui malheureu- sement n'est que trop fondee en preuvcs. Ainsi , les iarves des Hannetons ,.dc la plupart dcs Scarabes, des

( 39)

Mylabres , des Cantbarides , de quelques Mouchcs , attaquent ies racines des plantcs et des arbres , les rongent, etoccasionnentsouventla raortdu vegetal. La plupart des Mouches, quelques Teignes , quel- ques Charansons , quelques Chrysomeles, les Do- nacies attaquent la tige des plantes. Les larves des Lucanes, desClairons, de^Buprestcs, desTaupins, des Priones , des Capricorn es , desLeptures , des Cal- lidies , des Stencores , des Necydaks , des Lyraexy- lons , quelques Cbenilles meme se nourrisseni de la substance du bois vivant ou nouvellement coupe; ils hatent le deperissement et la mort des arbres. Sans parler du nombre prodigieux de Chenilles, les Hanneions, les Chrysomeles, les Crioceres, les Ga- leruques, les Cassides , les Gribouris , les Hispes, les Erotyles , la nombreuse faraille des Sautcrelles , les Tenthredes rongent et devorent les feuilles des vegetaux au point de depouiller quelquefois entie- rement un arbre ou une plante de ses feuilles. Les Pucerons , les Psilles , les Trips , la plupart des Ci- gales , des Punaisqs et des Mittes retirent avec leur trompe, les sues des vegetaux, les font languir, font couler les fleurs et.avorter les fruits. Les lar%'es de la plupart des Charansons, des Moucl).es , des Teignes, celles des Bruches , des Attelabes, lesTorficules , les BlaLtes , les Guepes , les Fourniis , les Glpportes , se nourrissent de divers fruits , et les raangent en tout ou en panic. Les fruits sees meme que Ton veut conservcr, tels que les pi|ineaux et les figues, sent

i46)

attaques, les uns par des Girons , les autres par des Teignes. Les Scaphidies , les Diaperes , les Oxi- pores , quelques Ips , quelques Scaphylins , qucl- ques Syrphes , quelques Mouches font leur nourri- ture, des Champignons , des Agarics, des Bolets.

Non-seulement les Insectes iravagent les campa- gnes , mais ils occasionnent encore les plus grands degats dans les maisons , en attaquant les vcgetaux jusqu'apres leur mort : ils ron gent lesboiseries, de- truisent les livres et les licrbiers , etlaissent par-tout apres eux des traces sensibles de leur sejour. Qui croiroit que Tecroulement d'un edifice peut etre oc- casionne par des Insectes q^ui ont mine et pulverisa tout rinterieur des poutres? Nous citerons parmices cnnemis domcsticjues paniculierement les Blattes , ks Ptines , les Vrillettes , les Ptilins , les Bostri- ches, les Scolites , les Ips.

A combien de maladies les vegetauxnesont-ils pas sujets par la piquredes Insectes, soitpar laperte des sues nourricicrs , soit a cause des plaies qui en sont quelqncfois les suites I Les galles ellcs-memes, cette production monstrucuse que le cultivateur regardc comrae un fruit ou un produit naturel de Tarbre , n'est que Touvrage d'un Insecte. Si on ouvre une galle , avant sa maturite ou son dessechement. on J trouve une ou plusieurs larves de Cynips ou de Diplolepe qui y croissent . ct en sortent ensuite sous la forme d'Insecte aile.

iiiile oil numiro suivaftt.

in 2.

J'.r //..,/,w,/ry,-/

J(>f//'//,f/ ,/7//,^/ //a/z/rr/A' //"/.

/i.'//,fri/ .//yr\r//

fA-T 2: >, . —0-

'- -^ .

(41 )

Suiie du Memoire sur liitilite de I etude des Insictes , rdativcment a I Agriculture tt aiix Arts.

Par G. A. Olivier.

Les Insectes nuisent aux Ani?naux.

Tandis que TAraigtiee est sans cesse en embus- cade pour attraper la Mouche ; tandis que la Guepc cnleve TAbeiUe avcc son miel , que TAsile lui fait la guerre , que la larve d'nn Coleoptere et quel- ques Tcignes penctrent dans rinterieur des ruches , ct trouvcnt le moyen de manger la cire , d auaquer meme les larves , sans que cclles-ci puissent se "defendre ; les animaux doraestlques, de toute part molestes par un nombre prodigicux d'autres In- sectes , ne pcuvent sc garantir de Icurs aiguillons. Une -especc d'CEstre pcrcc le cuir des BceuFs les plus gras ct les plus vigourcux , et y introduit en mems-tems scs ceufs, qui eclosent bientot, et fer- ment des tumeurs assez grotscs , dans lesquclles la layve se nourrit et se developpc. Les chevaux nourrissent aussi des Insectes dans Icurs intestins : rCEstre qui les produit fait cntrcr scs oeufs par lanus, au moment ou Tanimal jette scs excremcns. Le Renne ct le Mouton en logent souvent dans Icurs narincs , et en sent quelquefois tourmentes au

N^ 2. F

( 42 ) point de devenir furleux. La plupart desMouches, desTaons , THippobosquc , ct un grand nonibrcde Dipteres, incommodent bcaucoup lesBesdaux; ils les piquent, les suceiit , ei lorsqu Us sent rassasics, on voitsouvent coulcr le sang par la piquure.On a peut-etre exagere la qualite malfaisante des Carabes, connus autrefois sous Ic nomdeBuprestcs; maisil est trcs-vrai que ces Insectes , avales avec Therbe , |)cuvent occasionner auxBoeufs et auxChevaux des inflammations dangereuses. Les Chiens sont non- seulement tourmentes par les Puces , mais encore paruneespeccdeTiquequi, semblable a laSangsue, se rcmplit de leur sang , et devient d'une grosseur demesuree. Tous les animaux enfin , eleves pour partager les travaux et les plaisirs de rhomme , ou pour satisfaire son appetit, depuis leBoeufjusqu'aux j)lus petits Oiseaux de basse - cour ou de voliere, sont assieges sans relache par des ennemis communs ou particulicrs, que nous ne chercbons point a citer , parce quils sont assez connus. Car, qui ne sait pas combien tous les Oiseaux sont tourmentes par des Poux , des Ricins ou des Mittes de difFe- rentes cspeces qui les amaigrissent , et souvent se inultiplient au point de les faire languir, ct de les conduirc a la mort.

Si nous passons encore dans linterienr des mai- sons , les Animaux morts et les productions aniraalcs

( 45 ) que nous voulons conserver , nous retracent des torts {]ue les Insectes seuis sont capables d'occa- sionner. Les etoffes , les plumes, les peaux les plus precieuses, tombant en lambeaux. , les plus riches GoUections d"Hlstoire Naturelle, reduitcs en pous- siere , n'attcstcnt que trop combien des etrcs si petits se font remarquer par les plus grands degats. Les Dermestes , les Anthrenes , les Piines , qucl- ques Teigncs , tels sont les ennemis interieurs que nous devons particulicrement dcnoncer.

Si les cadavres de tous les animaux., si lesviandes a notre usage qui ne sont pas exactement fermees , sont bieniot couvertcs de larves , c'esi que des Mou- ches , des Dermestes , des Nicrophoros , des Bou- cliers, des Stapbylins sont accourus de toute part, et y ont deposes leursceufs. Depuis les observations ct les experiences dc Rcdi , dc Leuwenhoec , de Goedart, de Vallisnicri , etc. il n'est plus permis sans doute de croire aux generations spontanees , de regardcr les Insectes comme le resuUat de Tag- gregation accidentelle de quelques Molecules orga- niques nees du scin de la putiefaction. La larve que Ton trouve dans les viandes , dans les fro- magcs , ainsi que toutes cedes qui vivent dans la terre , qui habitcnt Tinterieur des fruits , ou qui cironnent nos meubles , doivent leur naissance a un oeuf , resultat naturel de I'accouplemcnt ct dc

F 3

( 44)

la fecondation , et deviennent toutcs des InsecteS ailcs , semblables a ceux qui Ics ont produits.

Les Inscctes nuisent d I Homme.

Apres avoir presente un tableau rapide des ravages que ies Insectes pcuvent produire , aux depens dc tout ce que rhommc a pu s'approprier , si nous passons aux maux quils peuvcnt occasionner aux depens de sa personne meme , nous pourrions dire pcut-etrc, que, de tousles etresquisemblentvouloir faire payer cher a riiomme sa souverainete, il n'en est pas de plus constamment , de plus universclle- ment irial - faisans que Ics Insectes. En ciFet , les uns I'attaquent dans son sommeil, rempechent de dormir, et troublcnt au milieu des nuits , le rcpos necessairc pour reparer les fatigues du jour. Pour- roit-il etre tvanquille , iorsquc les Puces et Ics Punaises . lui livrcnt la guerre , et cherchent a tout prix a se repaitrc de son sang? N'a-t-il pas dans les Cousins, des enneniis non moins redoutables et plus incom- modes ? Combien les Stomoxes et les Mouches , sur-tout au midi de I'Europe , et ccs Moucherons des deux Indes , nommes Mosquites , Maringuoins , peuvent causer des sensations doulourcuses ! II en est de meme de tant d'autres Insectes , qui n'annon-r cent leur existence que par la douleur qu'ils nous fqnt eprouyer, P^rlerai-je de ccs Chenilles , c|ui

I

{ 45 ) n'on! paS des dards a employer contre nous , mais dont les poils sont si aigus , qu'ils blessent presquc imperceptiblement , et par leur seul attouchcmcnt , commerOrtie, peuvent occasionner une indam- madon febrile >* Parlerai-je des Fourmis qui , dans certains endroits , exerccnt des piqures si sensibles? Lc dangereux aiguillon des Abeilles et des Guepes est trop connu , pour devoir en faire mention.

Je passe a ces Inscctes qui se fixent sur la peau de riiomme, le tracassent , lc tourmentent, sans lui donncr aucun relache. Je mettrai a leur tete , cet Insccte qu'on se represente sous une forme si hideusc , et qui est effecuvemcnt un hote presque aussi desagreable a. voir qu'a sentlr. Annonccr lc Pou, c'est annoncer le fleau de I'enfance, et sou- vent de tous Ics ages. A mesure qu'il pique, quelles demangeaisons incommodes ne fait-il pas sup- porter ? La main survenant aux endroits qui de- mangent , y fait des plaies qui suppurent , et deviennent autant de nids propres a faire cclorrc une posterite qui se rcprodnit sans ccsse. II est un autre Insecte plus connu dans les lieux de debau- che , qui paroit ctre encore plus affecte a Tliomme , qui a quelques rapports avec le precedent, et qui chcrche a se loger dans les endroits du corps charges de poils, et plus particulicrcment a, Tentour des parlies de la generation , le Morpion , enfin , cause

( 46 ) dcs demangeaisons et dcs piqures non moins sensi- bles cc non moins incommodes que cclles du Pou. Nous pourrions citer encore la Chique ; ce petit Insectc , si connu a Cayenne et au Bresil , qui perce la peau , y penctre , et cause la gangrene et la mort , si on ne la previent par des rcmedes conve- nables, et appliques a propos. Mais n'avons-nous pas dans les Mittes, dans lesCirons, de nouveaux cnnerais caches , qui , se fravant un passage a travers Tenvcloppe de notle corps, y fixent Icur habitation , y puHulcnt sans cesse , et sont la Source de la plupart des maladies cutanees.

Les qualites venimeuses de quclques Insectes ont ete plus dune fois funestes a rhomme. Mais, il est vrai , ce n'est que sous un ciel ardent que ces qualites se developpent avcc toute leur encrgie . ct se manifestent avcc danger do mort. Dans nos climats froids , et sous la zone •temperee, on voit tres-peu d'exemples qui puissent attester que Ic vcnin des Insectes soit mortel. Ce venin se com- munique d'une raaniere differente : le Scorpion Tintroduit au moyen de sa queue ; TAraignee , le Faucheur , la Scolopendre , au moyen de leurs pinccs ; la Cantharide lexhale et le fait r spirer ; ct si c!le est prise interieurement , quels deplorables effets ne peut-clle pas operer!

La plupart des Insectes sent sans doute asscz

(47 ) dangereux en realite, pour ne pas cherchcr par des mensonges , a. les rendre plus dangereux qu'ils nc sont. Nous ne fcrons done pas mention de tout cc qu'on a pu dire sur Ic venin des Araignees , et sur-tout de la Tarentule : I'observation a detruit ce qui n'etoit que Touvrage de Tignorance crcdule ou du charlatanisme interesse. Cependant, si nous en croyons les recits des voyageurs, la plupart des Araignees , des Faucheurs , des Scorpions , des Scolopendres et des Jules , sont dans les regions brulantcs , des Insectes tres-dangereux, et qui don- nent quelqucfois la mort a I'homme ou aux ani- mauxqui out le malheurde les toucher. Faut-il ter- miner ce sinistre tableau , en presentant ces nuees de Sautcrellcs et de Criquets , qui portent a-la-fois dans de vastes contrees habitees , la famine ei Ics maladies contagicuses ?

Ncccisitc cfeludier et de connoitre les Insectes , pour trvuver le moyen de les detruirc.

Apres avoir eveille la craintc et railarme sur les maux et les dangers que les Insectes. doivent faire eprouver a Thomme , nous devons maiutenant eveillcr Tattcntion et 1 indusuie , pour cbercher a, nous delivrer, ou du moins a nous gar^r^ir de? sntrepriscs de pafcils ennemis. Sans dome la

(48 ) Nature , qui a limite bicn plus Tcrapire du mal que celui du bicn, qui cherche mcme a faire concourir le mal au bien , a su pourvoir elle- meme a none surete et a notre tratiquillite jusqu'a •un certain point , en bornant a un espace tres-court la vie des Insectes , en ne leur donnant la faculte d'agir qu'cn certain terns et en certains licux. Ainsi, tcl Insectc qui pourroit manger a toute heurc , est oblige d'attendre la nuit pour appaiser sa faira.; tel autre , au contraire , ne peut cherchcr sa sub-i sistance que pendant le jour , ct ne trouve ni ne consomme rien pendant la nuit. AJoutons que tous Ics pays ne sont pas egaiement favorablcs a tous les Insectes. II y en a oii certains ne peuvent pas vivre; d'autres oii ils nc peuvent que languir Dans ieur region favorite , ils ne sont point a couvert des dangers de toute especc qui les menacent eux-» mcmes. Souvent les orages , les pluics les affoiblis- sent et les font perir dans leur plus grande force;, quelquefois le ventdu nord, la gelcc les surprenncnt au milieu des chalcurs, ou mcme avantqu'ils aient cu le tems de se premunir contre les rigucuis de rhiver. Parmi les vegetaux , combien de plantes qui leur sont prejudiciables, et parmi les anirnaux, combien leur font la guerre pour s'en nourrif I Les Insectes meme ne sont-ils pas les plus redoutables ennemis des Insectes ? et si TAraignec matige la

Mouclic,

i

(49)

Mouclie, s'l riclineumon mange TAraignee, voycz aussi rHirondcllc nettoyer les granges et les grc- nicrs ; la Fauvette , les jarclins ; les Pies et les Geais les champs et les bois. Les Poissons et les Reptiles ne vivent pas moins aux depens des Insectes ; et on doit toujours reconnoitre cette sage providence, qui, a notre inscu meme, veille a la conservation de tous les etrcs , en les faisant d'autant plus con- courir a leur destruction , que leur multiplication est plus abondante et plus nuisible.

Cependant , i'homme a regu de la Nature meme , la faculte d'imaginer les moyens de se garantir de toute injure , et le droit par consequent de s'en servir. Quels que soient les fleaux naturels menages centre les Insectes , ce dernier fleau lui-meme est encore bicn loin d'etre aussi detruit qu'il pourroit Tetre. Avancer que Fhomme peut par son industrie bcaucoup diminuer la somme des maux que les Insestes lui occasionnent , mais au'il a besoin de Tetude meme des Insectes , pour chercher et trouver les moyens dont son industrie peut faire usage , n'est pas unc proposition qui puisse etre suscep- tible de contradiction. Mais combien de fois n'a-t-il pas ete la dupe de I'ignorance et de la superstition qui en est une suite? Combien de fois unc confiance aveugle dans les amulettes , les talismans et les exor- cismes ne lui a-t-elle pas fait negliger I'cmploi des

N°, 2. G

( 5o)

inoyens plus efficaces ? S'il est des erreurs dange- i'euses , ce sont sans doute celles qui , laissant Vhomme dans une secuiiie parfaite , le plongent dans le repos et lindolcnce , et rempechent d'avoir recours aux moyens que son Industrie pouiruit lui suggerer, afm de se delivrer de ses ennemis. Un devoir sacre sans doute pour le Naturaliste , c'est de cherchcr a produire les causes naturelles capa- bles de detruire les causes surnaturelles dont la superstition profite aux depens de la confiante cre- dulite. Ainsi , on ne doit pas s'etonner si , a la Suite d'un exorcisme , on voit quelquefois , il est vrai , les Chenilles disparoitre prornptement. On ne s'apper^oit dabord des ravages et de Texistence des Insectes , que lorsquils ont deja acquis une grande partie de leur developpeinent ; et avant que la ceremonie religieuse ait ete provoquee au point tie forcer toutes les lenteurs que le rnlnistre du culte apportc ordinairement , les Chenilles touchent au moment de leur transformation , qui s'opere en effet bientot apres , et qui laisse au pouvoir de la religion , im prodige dont elle n'a pas besoin , et que la Nature revendique , comme un effet appar- tenant a la necessite de ses loix. Je ne pretends pas enlever la confiance que roii doit avoir dans des prieres adressees a TEtre Supreme , mais la saine Philoiophie nous dit , qu on ne doit chercher a

( Ol )

detruire dcs effcts physiques dans la Nature, que par d'autres effets physiques, ct ceites cet axiome est le pUis sdr.

Si nous parvenons un jour a connoitre les In- sectes sous toutes les formes; si nous pouvons les suivre dans tous leurs developpemens ; si nous eiudions leur maniere de vivre et toutes leurs habi- tudes, il n'est pas douteux que nous ne soyons alors en etat de les attaquer avec beaucoup plus d'avantages. Nous ne devons pas esperer de nous delivrer pour toujours des Insectes , soit parce que leur petitesse et leur ruse les mettent a Tabri de nos recherches , soit parce que le nombre en est trop considerable, et qu'il augmente ," pour ainsi dire, a chaque instant , par la promptitude avec laquelle lis se reproduisent et se multiplient. Mais on doit esperer de trouver des moyens propres a les reduire a une moindre quantite, ou a empecher Texces de leur m.ultiplication. Presque tous les Insectes aban- donnent leurs oeufs des que la ponte est finie , mais tous paroissent choisir avec une Industrie merveil- leuse , les endroits convenables pour deposer ces oeufs a portee de la nourriture qui convient a la jeune larvc , et a Fabri du froid , des pluies , d\x soleil et de tous les ennemis qui cherchent a s'en nourrir. Les uns les couvrent d'une matiere coton- neuse, soyeusc, coriace , ou les cachent sous une

G 2

( 5= ) double enveloppe de soie ; Ics autres les placcnt dans les sillons, sous les ecorccs d'arbres, ou dans les tiges , les racines et les fruits ; quelqucs autres les enfoncent dans la tcrre; la plupart les deposent sur le rivage ou dans Ic sein des eaux. Quelqucs Araignees traincntapres elles, non-seulcment leurs oeufs , mais portent me me leurs petits , dans les premiers jours de leur naissaiice. Quelques Guepes et quelques Abeilles apportent a cote de la larve la provision necessaire a son cntier developpement; la plupart des autres, comme on sait , nourrissent leurs larves s et leur apportent de tems en terns la patec. Les larves elles-memes savent echappcr a leurs enncmis avec une adresse non raoins surpre- nante. Quelqucs Chenilles, semblables aux parties des vcgetaux sur lesquelles elles se trouvent ordi- nairement , echappent par la aux Oiseaux et autres ennerais qui cherchent a s'en nourrir; la plupart sont pretes au moindre accident a se laisser tomber, et restent suspendues par un fil ; quelqucs-unes se retirent sous une enveloppe commune ; les Pu-r naises , les Sauterelles echappent par I'agiHte dc leurs jambes , ou par le saut qu'clles executent avec promptitude, Beaucoup de larves sont cachees dans la terrc ou dans la tige , les racines, les fruits des vegetaux. I! y en a qui sont armees d'epines ou de polls, quelqucs-une? , enfin, se font un h^bit de

(53)

leurs cxcremens. Nous nc finirlons pas , si nous voulions rapporter tous les moyens que la Nature a donnes a ces petits animaux pour leur conser-* vation.

Cependant, si les gens de la campagne savoient a leur tour employer la ruse, ils pourroient s'assurer d'un profit dont ils se voient trop souvent frustres. 11 y a des lieures dans la journee ou la plupart des larves cessent de manger, so rapprochent, ct for* ment alors des tas que Ton peut facilement ecraser. A rapproche de Fhiver , les Chenilles les plus com-- munes et les plus nombreuscs forment des nids au sommet des arbres ; il faut se liaicr de les couper avant Tarrivee du printems , et nc pas se contenter de les laisser par terrc , comme ont fait commu-» nement , mais il faut les ramasser et lesbruler, afin de detraire veritablement Icur progeniture nais- sante. Les Oiseaux font perir un grand nombre d'Insectes; les Poules, les Coqs-d'Inde , sont un moyen sur de diminucr le trop grand nombre de Sauterelles , de Criquets , qui infcstent les champs ct les prairies. Les fumigations avec Ic tabac , le soufre , Tail et autres piantes fortes et odorantes font perir les Insectes qui se trouvent sur les arbres, - La suie , la tourbe , la chaux-vive , Ic scl marin , repandus sur la terre , sont quelquefois un moyen fioprc a detruire ou eloigner les Insectes, lorsque

ees matieres sont employees en assez grande quan- tite. Lemercure, I'arsenic , rorptment , le soufre , I'elleborc , le tabac peuvent servir a en tuer cer- tains. Le poivre , Ic sel, les plantes odorantes , le vinaigre , Teau-de-vie en elcignent beaucoup d'au- tres. La vapeur de soufre , Feau bouillante detrui- sent Ics guepiers ct les fourmilieres. Allumcr anssi dcs feux dans les champs pendant la nuit, c'est entraincr a leur perte beaucoup de Teignes , dc Phalcnes avec leur posLerite , bien plus redoutable encore.

Les circonstances sans doutc peuvent suggerer les expediens : mais c'est a Tetude a prevon- les circonstances , et a preparer les expediens. II n'y a peut-etre aucun cas ou Tindustrie de Thomme ne puisse remedier , en tout ou en partie , aux maux que peuvent faire leslnsectes : on pent en juger par les moycns memes que le hazard plutot que la connoissance , Texperience plutot que Tindustrie , lui ont procures. Oue seroit-ce , s'il savoit mcttre de la raethode dans sesrecherches , et de Tinstructiort dans sa methode? C'est precisement ce qui lui reste encore a Taire. Car quels que soient les remedesque n.ou$ avons presentes , bien peu attaquent le mal dans sa source , et ne le dctruisent qu'accidentelle- mcnt ou dans quelqucs effets particuliers. Sans doute, pour mettie dans rartdedetruircleslnsectes.

( 55) Jine metliodc generale et digne d'un succes aussi etcndu que constant, il est neccssaire de les suivrc et de les observer dans leurs difFerens etats : car tel Insecte doit etre attaque sous la forme d'ceuf , tel autre sous celui de larve, tel autre dans son etat dc nymphe , et tel autre sous celui d'Insecte parfait. Par exemple, il est evident c|ue les Insectcs , done les oeufs sont entasses et faciles a decouvrir, peu- vent etre attaques avec plus de succes sous cette premie're forme, que ceux dontles oeufs sont isoles, irregulierement dissemines , petits et presque im- possibles a decouvrir. Les larves qui vivent en societ-e sont bien plus faciles a detruire , dans cec etat, que les larves des Insectes qui vivent dans la terre, dans la substance du bois , et (jui se dero- bent a nos regards , ou echappent a nos recherches. Les nymphes et les chrysalides a. decouvert sur les feuilles des plantes , celles cachees sous des en- vcloppes ct des coques de diverses substances , sur les tiges des vegetaux , a portee d'etre appergues , peuvent etre detruites , avec plus de facilite, que celles qui se cachent dans la terre , ou qui rcstent dans rinterieur du bois ou la larve a fait sa pte- miere habitation. Les Insectes enlin , qui sont caches sous leur premiere forme , et qui ne se montrent a decouvert que lorsqu ils sont devenus Insectcs parfaits , ne peuvent etre attaques avec

(55)

Succes que dans leur dernier fctat. Des details nouj conduiroienttrop loin, etildoit nous suffire d'avoir seulement laisse cntrevoir par un simple appergu general , une verite si evidente par elle-meme.

B O T A N I O U E.

Sui' le C A L O D E N D R U M . Tab. 3.

Par M . L A M A K c K.

Ce genre de plante, etabli parM. Thunberg, dans ses JYova genera plantariim , en i 78 2 , est si voisin du Dictamrius par ses rapports naturels , que peut-etre n'y auroit-il pas d inconvenient bien considerable a le supprimer, pour regarder la plante qui en est Tobjet , comme une veritable espece de Dictame. Nous avions meme pense d abord que cette plante pourroit etre la meme que le Dictamnus cnpensis du supplement de Linne fills, pag. aSs. Mais, dans ce cas , le peu de connoissances que ce dernier auteur nous donne sur sa plante manqueroit d'exactitude. En effet, il nous dit que la grappe de ses fleurs est sem- blable a celle du Dictame blanc , ce qui n'est pas, vrai pour le Calodendrum dont il s'agit ici ;

ses

(57) ses fleuis , au-lieu d etre en grappe simple comme celles du Dictame blanc , sonten grappe rameuse €t paniculee. D'ailleurs , le Calodendrum est un arbre , ou au moins un grand arbrisseau , dont les feuilles sont opposees ; et Linne fils , qui attribue des feuilles alternes a son Dictammts capmsis , ne dit point si sa plante est herbacee ou llgncuse. Ainsi , Ton doit presumer que le Dictamnus de Linne fils est une plante tres-difFe- rente du Calodendrum , jusqu'a ce que I'examen de son herbier ait appris quelque chose de plus positif a cet egard.

Nous venons de dire que le Calodendrum est une plante tres-voisine du D-ictamnus par ses rap- ports : nous le prouverons dans I'instant , par 1 examen des parties de sa fructification , com- parees a celles du Dictamnus. Nous observerons seulement ici que ces rapports trcs-remarquables paroissentn'avoir pas ete appergus par M. Thun- berg , puisqull n'en dit pas un mot , et qu il s'occupe a comparer son Calodendrum au Cedrela et au Sauvagesia , qui n'ont avec lui ni entr'eux aucun rapport prochain. Voila ce qui resulte de Tetude de la Botanique par les systemes , et sur- toutparcelui de Linnaeus: on ne se forme aucune idee des rapports plus ou moins prochains qu^i la Nature a mis entre les vegetaux; on ne s'occupe

N". 2. " H

(58)

que du moyen de leur appliquer une nomen- clature seche , a iaquelle souvent on n'attaclie d'autre idee que celle de la classe et de la section du svstemc dont on iait usage, (i)

^l) On seroit vraisemblablemenl plus avance dans la coanoissance des rapports naturels des plantes, et Ton auroit pour les families des determinations plus satis- faisantes , si tons les Botanistes eussent donne quelque attention a ces recherclies veritablemewt iuteressantes. ]Vlais la plupart, depnis qne Linne a commence d'ecrire, SB sent uniquement occupes de nomenclature et de clas- sifications arliitraires. On pentmeme dire qne le system© sexuel, si favorable a tons ceyx qui savent se contenter de noms , a eu une telle iuflueuce sur les Botanistes qui s'en sont servis , qn'elle a eloigne le plus grand nombre d'eHtr'eux de I'etude des rapports , et qu'elle les a habi- tues a y donner si peu d'alteution , que meme les plus celebres ont commis a cet egard les plus grandes fames dans la determination de leurs nouveanx genres^ ou dans celle des nouvelles especes qu'ils ont publies.

On ne peut voir, en elFet, sans etonnement,M. Jacquin proposer pour une nonvelle espece de ckiococca, nn veri- table cestrum , une plante qu'il savoit Ini-meme avoir I'ovaire superieur, el qui consc'qnemraent ne pouvoit etre ni du genre du ckiococca , ni meme de la meme famille. M. Tluuiberg , dans sa llore dn Japon , donne pour une uouvelle espece de lycium^uue plante qui n'est pas meme dfc la famille qui comprend ce genre , mais une veritable rubiacee ( serissa. lam. ill. t. I^l.jll decrit encore, dans ie meme ouvrage , un arbrisseau qu'il donne pour un cor-

(59)

Rendez stevUes cinq des dix etamlnes du Die- tamniis ; elargissez un pcu Ics filamens dc ces ctamines sterilcs , de maniere a Ics {'aire paroitre commc cinq petaies etroits ( cc soiit les nectaires de M. 1 hunberg) , mais distincts des vrais petalcs ; alors vous aurez change la fleur du Dictamnus en cclle du Calodendrum , au moins selon les obser- vations qu'il nous a ete possible de faire sur I'exemplaire desseche dont nous donnons ici la figure.

En effet , le calice ( Tab. 3 , fig. c. ) du Calo-' dcndrum est court, persistant, et partage comme

iioiiiller, en liii attrlbiiant uu oraire siiperieur. Liiine fils, clans son supplement, cite pour synonyme du chiococca racemosa , la pandacaqui , de M. Sonnerat , qui est iine veritable apocinee (^taberncEmont^, Liniiepere, lui-meme, confond dans ses ordincs naturahs , sons le norn de Con~ tortce , plusieurs genres de la famille des Riibiacees , tels que le gardenia , le genipa. et le pcederia , avec la plupart des genres qui composent la famille des Apocius : les Rnbiacees el les Apocins n'ont cependant entr'eux que des rapports tres-eloio;nes. Enfin , raiienlion qne les Eotanistes modernes doinient anx rapports naturels des plantes , est si legere , que recemmeut M. Pallas a public comme un iiouveau cytise, une plante qui, quoique de la famille des legumineuses , n'est nullement de la section naturelle qui compr'end les cjuises , mais appartieut aux phaca. , ou plutot aux colutea de Liniie, etc. etc. Diet. vol. i,

p. 449 , 450.

H 2

(6o)

celui du Dictame en cinq decoupures pointues,* tres-ouvertes. Les petales [Jig- d. ) sont , dans Tun et Tautre genre, lanceoles, onguicules, et irreguUerement ouverts : ils sont parsemes de points glanduleux de la meme maniere. Mais dans le dictame il y a dix etamines fertiles , et Ton sait que leurs filamens sont glanduleux ; au-lieu que dans le Calodindrum , cinq des dix etamines sont steriles ou sans antheres , et out leurs filamens elargis , membraneux , petalifor- mes , plus etroits que les petales , et charges de glandes. L'ovaire dvi Calodejidrum [Jig- g- ) est pedicelle au-dessus du calice de la meme ma- niere que celui du dictame , etlui ressemble pour la forme , ainsi que le style qu'il soutient.

Quant au fruit , je ne Tai point vu : mais M. Thunberg dit que c'est une capsule ovale , 5-angulaire, a 5 sillons, 5 loges , 5 valves; et que cliaque loge contient deux semences. Le fruit du Dictammis consiste , comme on sait, en 5 capsules reunies par leur cote interieur, et chaquc capsule renferme ordinairement deux graines.

On voit done que le genre Calodendrum , dont on tvouve la description dans les Nova genera lie M. Thunberg , dans le Genera plantarum de M- Schrebcr, etc. a de tres-grands rapports avec

(6i)

le Dictamnus , ct qu'on seroit plus fonde a I'y rapporter, commeen etantune espece, que Linne ne la ete en rapportant le Moringa au genre Gui~ landina, et bien d'autres qui ofFrent des exemples semblables.

Le Calodendrum paroit meriter beaucoup d in- teret, ne fut-ce que pour la beaute de ses pani- cules dc fleurs. II forme , selon M. Thunberg, un arbre eleve , dont le tronc est cpais , et la cime toujours verte. Ses rameaux sont opposes ou ternes , divergens, cylindriques , bruns , scabres par Ics cicatrices des feuilles. Celles-ci viennent aux sommites des rameaux : elles sont opposees, petiolees , ovales, obtuses , retrecies en coin vers leur petiole , tres-entieres , glabres , vertes en dessus , un peu plus pales en-dessous, et striees par des ncrvures parallcles. Leur longueur est d'environ 3 pouces et demi , sur un pouce et demi. de largeur. Elles sont soutenues par des petioles un peu epais , courts , applatis et un peu canicules en dessus , convexes en dessous , et longs d un** ligne et demi.

Les fleurs sont blanches , teintes de rose , grandes , fort belles , et disposees en panicule un peu thyrsoide et tcrminale, sur des pedon- cules legerement velus ou toraenteux. Leurs petales sont ondules, veloutes , et ont plus d'uri

( 6-0 )

pouce de longueur. Les fleurs, avant Icur epa- nouissemeut , presentent des boutons ovales- coniques , 5-angulaires.

Nous presumons que la plantc dont nous venons de traiter est la meme que le Calodendrum capense de M. Thunberg; dans ce cas , c'est un arbre qui croit naturellem'ent au cap de Bonne- Esperahce. Nous ne pouvons cependant rien dire de positif sur son lieu natal , non plus que sur son espece ; le raracau que nous possedons , et dont nous donnons ici la figure ( tab. ?>,fig. h.) nous ayant ete donne pour le Chionanthus zeylanica de Linnaeus , ce qui est une erreur, mais aussi ce qui nous laissc de lincertitude sur le lieu natal de notre plante.

Au reste , il seroit interessant que les voyageurs Naturalistes voulussent nous envover , soit des graines, soitde jeunespieds de cet arbre : peut-etre pourroit-on le conserver en pleine tevrc dans les parties temperees ou meridionales de la France. Son utilite , qui pourroit avoir bien d'autres objets , seroit au moins de nous offrir un nouvel arbre tres-propre a la decoration des bosquets et ties grands jardins,

aaaiiaasaHaStfaBHJMM.sfa-.imtt

{ 63)

Sur la Muhlc refraction du S p A T H calcaire transparent.

Par M. H a u y.

Lorsque les fragmens rhomboi'daux du Spath calcaire jouissent d'une belle transparence , on leur donne le nom de Spath cClilande , parce qu'il en vient de cette isle qui sont tres-diaphanes. Tous les crystaux calcaires , quelle que soit leur forme , etant susceptibles de produire des rhom- boi'des , a Taide de la division raecanique , c'est mal-a-propos que quelques Naturalistes ont fait du Spath d'Islande une variete particuliere , en le confondant avec la forme primitive pro- duite . comme dun premier jet , en vertu de la crystallisation , ainsi qu'on Tobserve quelquefois. J'ai vu vendre , sous ce nom de Spath d'Islande, des rliomboi'des detaches d'un gros crystal a douzc triangles scalenes , qui s'etoit delite dans le sens des joints naturels de ses lames.

Ces rhomboides transparens ofFrent un phe- nomene d'optique trcs-interessant , qu'Erasme Bartholin a fait connoitre le premier (i). II con- siste en ce que si Ton regardc un objet a travers

(i) Experimenta crystalli Islandicce, Hastiiae, 1670.

(G4) dc\iK de leurs faces opposees et paralleles , cet objet paroit double, au-lieu que le verre , 1 eau et la plupavt des corps diaphanes , ne font voir, dans le mcme cas, qu'une seule image de I'objet. La theorie de ce phenomene a exerce la sagacite d'Huyghens (i) , de Newton (2) , de la Hire (3) et de plusieurs autres savans distingues. Engage par la suite de mon travail sur les mineraux , a faire une lecture attentive des differens articles publics par ces savans , relativeraent a Tobjet dont il s'agit, j'ai trouve tant de diversites dans leurs opinions , meme sur les circonstances du phenomene , que j'ai cru devoir soumettre le .tout a un nouvel examen , et il m'a semble que ies resultats auxquels j'etois parvenu decidoient plusieurs points importans , et pouvoient d ail- leurs servir a fixer notre jugemeijt sur les diverses theories proposees par les savans qui se sont oc- cupes du meme sujet (4). Mais je me bornerai ici : 1°. a exposer les differens faits que Tonpeut

(l) Traite de la lumiere. Leyde 1690, p. 48 et sui'v. (a) Optice lucis. Lausannae et GenevcC, 1740 , p. 'l^

«t suiv.

(3) Mem. de I'acad. des sciences , an. 1710, p. 454

et suiv.

(4) Voyez les Mem. de I'acad. des sciences, an. 2788,

p. 34 et suiv.

observer ,

( 65 )

i^server , en general , a Taide d'un ou de deux rhomboi'dcs ; 2°. a expliquer ceux de ces faits dont la raison , pour etre saisie , n'exige que la connoissance des refractions communes. Ces deux objets offrent deja par eux-memes des details assez curieux , pour faire la matiere d un article particulier, et quant aux resultats qui conduisent a une connoissance plus approfondie du pheno- mene , je me reserve a en donner une idee dans une autre occasion.

Concevons un rhomboide be ( fig. 1. ) dtSpath transparent , situe de maniere que a et n soient ses deux plus grands angles solides , c'es-a-dire , ceuxquisontcomposes de troisanglesplansobtus, de 101"^ 32' i3 "■ ( 1 ) , et que sa base inferieure bcng repose sur un papier. Supposons de plus que Ton ait marque un point d encre en p , qui coincide avec un point quelconque de la petite diagonale b n de la base inferieure. Placez votre ceil de maniere que le rayon visuel soit dans le plan baen, termine par les petites diagonales ae, bn, des bases, et par les aretes intermediaires ab , en. Si ce rayon visuel est en mcme-tems per-

(I) Voyez I'essai d'une theorle sur la structure des crystBux, pag. 96, ou cet angle est determiue rigoureu- sement , d'aqres une donuee prise dans la structure d'uue variete du Spalh,

N". 2. I

( 66 )

pendiculaiic sur bn , au pointy, vous verrez une premiere image tie ce point sur la direciioir cle cette raeme perpendiculaire , et une seconde qui repondra a quelque point /, situesur la diagonaie entre j& et w. Cette seconde image sera scnsible- nient plus enfoncee que T autre , au-dessous de la base a d ef^

Pour vous assurer que le rayon visuel est exac- tement dans le plan baen et a-la-fois perpendi- culaire sur bii au pointy;, vous pouvez employer la methode suivante. Tracez sur le papier le con- tour bcng (fig- 2.) de la base inferieure du ihomboide (fig. i . ) puis menez de c en »• (fig. o,) la grande diagonaie formee d'un trait a blanc, a I'aide de la pointe du compas , pour ne point embarrasser I'experience de trop de lignes visi- bles. Marquez le point p sur la direction de la petite, diagonaie , qui sera tracee pareillement a. blanc, a Texception des deux extremites ?■ b , v?i. Tracez ensuite une autre ligne qui passe par le pointy*, parallelement a la diagonaie eg, et qui soit aussi a blanc , excepte les deux extremites km, ih, que vous prolongerez a volonte au-dela des points k , i , ainsi que le represente la figure. Enfin, disposez le rhomboide , en faisant coin- cider sa base inferieure avec bcng, et placcz voire ceil de maniere que les deux images de

chacune des petitcs ligncs hr, ow , se confondcnt sur une meme direction , ct que dc plus 1 image dcs limes interieures km, ih, la plus voisine de Tangle b , soit sur la direction des parties cxce- dentcs hz, iq. Au moyen de ces deux conditions', ie rayon visuel aura la position clierchee.

Ouand meme la base de votre rhomboidc ne seroit pas un rhombe parfait, mais i\n parallell'o- gramme- allonge hcyt, vous reussirez toujours, en tracant les lignes citees , de maniere que I'angle obtus cht soit divise en deux exactement par la ligue dont h r cA on doivent fairepartie, et Tangle aigu hey coupe de meme en deux par la ligue menee de c vers g, puis en tfagant mz., qh, sur une direction parallele a cette seconde ligne.

Si le ravon visnel s^ecarte , soit dans un sens , soit dansl'antre, de la perpendiculaire au pointy, pourvu quil reste dans ie plan bane ( fig i. )' c'est-a-dire , que les deux images de br ( fig. 2.) paroissent encore se confottclre , de meme que les deux images de. on, Tobservatenr verra les images du point y> sedeplacer, mais de maniere qu elles seront toujours sur la diagonale hn, et que la plus enfoncee se trouvera rtbujours plus rappro- chee que Tautre de Tangle n.

Mais si ie rayon visuel sort du plan ban.'d , ^fig. 1.) alors les deux images dn point-^ nc

I 2

(6S)

seront plus sur la direction bn, m meme sur unc parallele a cette direction ; elles seront sur une ligne quifera un angle plus ou moins ouvert avec bn, erisorte cependant que limage la plus en- foncee sera toujours la plus voisine de Tangle n.

On pent rendre lespece de tendance de cette seconde image vers le point n , tres-sensible au moyen de I'observation suivante. Soit bcng (fig. 3.) la raeme bas que ( fig. i.) soit j!>, nn point visible qui reponde au milieu de la diagonale bn. Placez votre ceil directement au-dessus du point jb, et faites faire au rhomboide une revolution , de maniere que sa base bcng tourne autour du pointy, comme d'un centre. Vous verrez tourner en meme-tems I'image /, qui suivra Tangle obf tus n, et a raesure que cet angle decrira la eir- conference de cercle nsbi, le point / detrira une courbe rentrante particuliere Ihr.

Voici une autre experience digne d'attention , et qui est due a M. Monge , de Tacademie de$ sciences. Prenez le rhomboide ( fig. i . ) , en ap- pliquant le doigt index sur Varete ab, et le pouce sur Tarete e n , ct placez la base superieure adef tres-pres dc votre ceil, de maniere que Tune des deux images , par exemple Timage p , soit situee .derriere Tautre image /, par rapport a vous. Alors faites glisscr doucement , en dessous du rhom-

( 69 ) boide une carte , qui , restant appliquce a la base inferieure, s'avance de i vers w, jusqu'a ce qu'elle cache une des deux images. Vons verrez avec surprise, que cette image dont la carte vous de- robe la vue , nest point I'image p situee du cote par ou vient la carte , mais 1 image / qui est de votre cote.

Jai dit que quand le rayon visuel etoit per- pendiculaire sur b7i au point jb, 1 image la moins enfoncee de ce point etoit sur la direction du rneme rayon visuel , c'est-a-dire qu a cet egard le point p paroissoit etre a sa vraie place. Par une suite necessaire , limage la plus enfoncee n'etoit plus alors sur la direction du rayon visuel , c'est-a-dire qua cet egard le point p paroissoit etre deplace. Or , il y a aussi une position de loeil sous laquelle 1 image la plus enfoncee se trouve dans I'alignement du rayon visuel. Cette position a lieu lorsqu'il ne sen faut que d'en- viron deux degres , que le rayon visuel ne soit parallele a I'arete a^. J'ai trouve par la tlieorie que , dans ce cas , linclinaison du rayon visuel sur la diagonale ae, prise en dessous du rhom- boide , devoit etre de 73'^ 38\ dou \\ suit que i'angle forme par ae avec le prolongcment du rayon visuel en dessous de la base adef , est de lo6^ 22*, tandis que Tangle tak est de io8^ 27'.

(70)

Pour mettre Toeil dans la position dont il s'agit , disposez tout comme il a ete dit ci-dessus, pour le cas ou Ton veut s'assurer que le rayon visuel est a-la-fois dans le plan ahne, et perpen- diculaire sur hn, au point j() , excepte que vous placerez votre ceil de maniere que ce ne soit pins limage des lignes km, hi ( fig. 2. ) la plus voisine de lang'e b , qui se trouve sur la meme dirccticn qee les prolongemens extcrieurs kz , iq, mais que ce soit au contraire Timage la plus eloignee de ^, ou celle qui se rapproche le plus de Tangle n.

Lorsque 1 on considere les images d un point, a travers deux rhomboi'des mis en contact Tun au-dessus de I'autre , il en resulte de nouveaux phenomenes trcs-interessans. Si les deux rhom- boi'des sont disposes de nrianiere que leurs faces analogues soient paraileles , auquel cas les plans situes dans ces rhomboi'des comme le plan aenb (fig. 1. ) anront les positions respectives repre- sentees par la fig. 4 , I'oeil ne verra encore que deux images du point p, qui seront seulemenC plus ecartees Tune de Tautre que s il n y avoifi qu'un seul rhombo'ide.

Si le rhombo'ide superieur est tourne en sens contraire de I'inferieur , de maniere que le plan flVn'i' , qui appartient au premier , soit situe a I'egard du plan acnb , qui appartient au second.

( 71 ) comme on le voit fig. 5, Tceil ne verra pareiflc- ment que deux images, qui seront toujours plus voisines rune de I'autre , a mesure que Ton em- ploiera des rhomboides, dont les hauteurs appro- cheront davantage de 1 egalite , ensorte que si ces hauteurs sont absolument egales , et que de plus le point p etant sur la diagonale bn, ic rayon visuel soit dans le plan ae.nb, les deux images paroitront se confondre en une seule.

Mais voici ce qu il y a de singulier dans les experiences faites parle concours des deux rhom- boides. Les choses etant dans I'etat ou le repre- ' sente la figure 4 , faites tourner doucement le rhomboi'de superieur au-dessus de Tinferieur , de inaniere qu il continue de lui rester ajjplique par une de ses bases (1). Bientot vous verrez paroitre deux nouvelles images, qui d abord seront trcs- foibles, et ensuite augmenteront peu-a-peu d'in- tensite. En meme-tems les deux premieres images s'afFoibliront par degres , et finiront par dispa- roitre , ce qui arrivera avant que le rhomboi'de superieur ait fait un quart de revolution , c'est-a- dire avant que sa base soit disposee a I'egard de

(l) Les memes eiFels anroient encore lieu, quand meme les bases que nous siipposons ici se toucher, seroient se- pareespar un intervalle, pourvuqu'elles fussent paralleles ou a-peu-pies.

( 72 )

celle de I'autre rliombo'ide, comme ohik ( fig. 6.) par rapport a bcng.

Passe ce terme , si vous contlnuez la revolution du rhomboi'de superieur , les memes efFets auront lieu, dans un ordre inverse, c'est-a-dire que les deux premieres images reparoitront , et que leur teinte , d'abord tres-legere , se renforcera peu-a- peu , tandis que les deux autres images diminue- ront dintensite, jusqu'a ce qu'elles deviennent nulles vers la fin de la demi-revolution du rliom- bo'ide mobile (i).

Vous observerez que les quatre images sont toujours disposees aux quatre angles dun qua- drilatere dont la figure varie , a mesure que le rhomboi'de superieur change lui-meme de posi- tion , a regard du rhomboide inferieur.

Je passe maintenant aux explications que j'ai promises, et qui serviront a ebaucher en quelque sorte la theorie du phenomene. Je les rendrai meme tres-elementaires , afin que ceux qui n'au- roient pas les loix des refractions commune* presentes a I'esprit , soient dispenses devoir re-

(l) Tods ces differeus fails sont sujets a quelques ex- eeptions , lorsque le rayon visuel est tres-ofclique , et prend une certaiiie position. Car alors ou ne voit que deux ima- ges , dans le caa ou 1'oh devroit eu voir quatre, et reci- proquemeut.

cours

(73) Cours alUeurs. On salt qu'un rayon de lu- miere qui tombe perpendiculairement sur la surface d'un milieu , tel que Teau ou le verre , continue sa route dans ce milieu , sans subir au- cune inflection. Mais s'il tombe obliquement sur la surface du milieu , il se detourne de sa route , en penetrant ce milieu , de maniere qu'il paroit rompu au point ou il commence a se plonger, et que Ton appelle le point ^immersion.

Soit A B C D ( fig. 7 . ) une tranche prise dans Tepaisseur d'un milieu quelconque , qui soit seu- lement plus dense que lair. Un rayon st qui tombe obliquement sur A B , se brise toujours au point d'immersion^, suivant une direction tl, en se rapprochant de la perpendiculaire ctrriy menee sur AB ,' et lorsqu'ensuite le rayon sort du milieu par le point /, que Ton nomme \t point d emergence , il se brise de nouveau , en s'ecartant de la perpendiculaire nlo , menee sur DC , que je suppose ici parallele a AB , et en prenant une direction Ip, parallele a la premiere direction st. Le rayon st s'appelle rayon incident, le rayon tl rayon rompu, ou rayon brise , et le changement de route qu'eprouve ce rayon se nomme refraction. On explique pliysiquement la refraction par Tat- traction qu'exercesur la lumiere le milieu quelle penetre, et Tobservation prouve qu'elle suit une

( 74 ) loi constante , pour cliaque espece de milieu. Voici en quoi consiste cette loi. Si Ton suppose c^ egale a im ( fig. 7 et 8. ) , et que des points c, m, on mene sur les rayons incident et rompu st, tl , les pcrpendiculaircs cr,mk ( fig. 8. ) , ces perpcndi- culaires, dont Tune cr, s'appelle le sinus del' angle d incidence ct%, et 1' autre mk,\t sinus de I' angle de refraction mtl, ont entr'elles un rapport constant, pour le meme milieu, quelle que soit I'obliquite du rayon incident. Dans la refraction du verre , par exemple , le sinus 771 k est toujours les j du sinus cr.

Supposons maintenant qu'il y ait un point visible en jb ( fig. 7 . ) , et un ceil place en j. Parmi tous les rayons que le point p envoie vers le milieu ABCD, dans toutes les directions ima- ginables , il y aura un rayon pi (i) , qui , apres s'etre refracte d'abord selon it, et ensuite selon ts, arrivera a Toeil situe en s. Car c'est la meme chose de considerer un rayon comme partant du

(l) Dans la realite, ce que j'appelle ici un rayon, est iin faisceaii on un cone de rayons, qui a son sommet sur le point p. Tous les rayons particuliers qui composent ce cone se refractent en meme-teriis ; rnais la loi de refrac- tion se mesure par la quantite dont I'axe du cone se plie dans le milieu. Ainsi, cet axe fait les memes functions que le rayou stlp.

(75 )

point s pour arriver en p , ou commc venant du pointy; pour arriver en 5. II suit de la que Toeil verra limage du point suivant la direction stz prolongee du rayon qui la lui apporte , et par consequent le point y) paroitra deplace , et sera vu quelque part en i.

Mais il n'arrivera jamais , dans le meme cas , que I'oeil voie deux images du point Jf. Car les choses etant toujours dans le meme etat, si Ton suppose un second rayon ( fig. g. ) , qui parte du point p, en meme-tems que le rayon pi, dans telle direction ^r que Ton voudra, ce rayon se refractera d'abord suivant lt\ en s approchant de la perpendiculaire n o\ et ensuite selon t s\ en s'ecartant de la perpendiculaire c m . Or , Tangle d'incidence y;/'o' etant evidemment plus grand que Tangle d incidence plo. Tangle de refraction ntt sera aussi plus grand que Tangle de refrac- tion nit, et par une suite necessaire les deux rayons It , It divergeront entr'eux ; et puisque par la loi de la refraction les rayons ts et ^\s' doi- vent etre paralleles a ji/ ct f I , ils divergeronji pareilleraent , et ainsi le rayon ^ ,$' sera perdu pour Tceil.

II en est tout autrement , lorsque la lumiere passe de Tair dans un rhomboide de Spath cal- cairc. Soit acjib (fig. 10.) unc tranche de ctSpaih

K 2

( 76 )

prise sur le quadrilatere marque des niemes let- tres ( fig. 1 . ) Si un rayon de lumi^re tombe sui- vant st perpendiculairement sur la ligne ae, ce rayon , au point d'immersion t , se divisera en deux parties , au-lieu de rester simple , comme dans Teau , le verre , etc. L'une tide ces parties restera sur la direction du rayon incident st , comme dans le cas ordinaire, etlautre tf seczr- tera de la precedente, en se rejettant vers Tangle aigu b , c'est-a-dire qu'il" y aura une double re- fraction du meme rayon.

Si le rayon incident ST tombe obliquement sur ae, il se divisera toujours en deux parties, dont I'une T L se refractera en se rapprochant de la perpendiculaire TM , suivant une loi ana- logue a celle des refractions ordinaires , et qui est telle que le sinus mk ( fig. 8. ) de Tangle de refraction est constamment les | du sinus cr d'incidehce. L'autre partie TF (fig. lo.) s'ecar- tera toujours de la precedente , en se rejettant vers Tangle b, suivant une loi particulie're , dont I'exposition n'est pas de mon objet actuel. Je dirai seulement ici que la refraction du rayon TF a cela de commun avec les refractions ordi- naires , que ce rayon , apres son emergence en F, reprend ime direction FH parallele a celle (iiA rayon incident ST. J'appelle le rayon TL

(77 ) rayon ordinaire, le rayon TF rayon eCaherratlon, et la distance FL de Tun a Tautve prise sur la base inferieure du Spath, amplitude d'aberration.

Les mcmes efFets auront lieu, dans le cas ou le rayon incident S'T' (fig. ii.) seroit incline en sens contraire. Sa partie ordinaire T'L se refractera suivant la loi indiquee , et le rayon d'aberration T'F' s'ecartera toujours de T' L , en se rapprochant de Tangle h.

On pent observer en general la double refract tion du Spath caleaire , par une experience directc tres-facile a faire. Appliquez sur la base superieurc adej ( fig. 1. ) d'une rhombo'ide de ce Spath, une carle percee en son milieu d un trou fait avec une forte epingle. Presentez le rhomboide a la lumiere du soleil , de maniere que le dessus dc la carte soit tourne vers cet astre , et placcz en dessous du rhomboide un papier blanc , a quel- que distance de la base inferieure bcng, et pa- rallelement a cette base. Vous verrez paroitrc sur ce papier deux poinds lumineux produits par les deux refractions du rayon qui s'introduit k travers le trou de la carte. La meme experience peut se faixe aussi a la lumiere d'une bougie.

Ce qui precede suffit pour faire cojicevoir la duplication dcs objets a Faide d'un seul rhom- Jjoide. Soit toujours aenb ( fig. 12.) le quadri-

( 78 ) latere pris sur les petites diagonales des bases ct les aretes intermediaires. Soit^ un point visible situeaune certaine distance en dessous duSpatk, tts la position de Toeil. Le point^ envoie vers le Spisth des rayons dans toutes les directions ima-* ginables. Parmi tous ces rayons, il y en a un , tel que p I , dont la partie It , consideree commc rayon ordinaire , apres s'etre brisee en t , par- vient a Tceil situe en s, suivant une ligne ts, parallele a. p I , comme nous I'avons explique , en parlant de la refraction ordinaire representee fig. 7. Le rayon d'aberration qui appartient au rayon incident pi (fig. 12. ) s'ecarte de la di- rection It, en se rcjettant vers Tangle aigu e, suivant ce que nous avons dit plus haut , et comme apres son emergence , qui se fait par exemple en z, il redevient parallele k pi, il est perdu pour Toeil.

Maintcnant entre tous les autres rayons qui partent du point ^, il y en a un second dont la direction p 0 se rapproche tellement de la di- rection^/, que or etant le rayon ordinaire relatif a ce second rayon, la partie ou , qui est le rayon daberration, va croiser le rayon It au point /:, et apres son emergence enw, prcnd une direction us, parallele k po , et qui aboutit a loeil. Cettc supposition est toujojars possible , parce que ^

( 79 ) coinme I'amplhude d'aberration ur a toujours une longueur sensible , on pent prendre le rayon po 3. une si petite distance de pi, et sous unc telle inclinaison, que dune part iextremite u de I'amplitude depasse le point t vers Tangles, et que, d'une autre part , le rayon emergent en « soit dirige vers le point s. Mais c'est a la theorie a determiner la distance et linclinaison dont il s'agit , par rapport a ttne incidence donnee du rayon pi.

L'oeil verra done deux images du point y; , Tune suivant la direction j^ , et qui sera 1 image ordinaire , I'autrc suivant la direction su , plus rapprochee que la precedente de Tangle ob.us n , et qui sera 1 image d'aberration. Quant au rayon or, il est evident qua cause de son parallelisme avec po , apres son emergence en r, il ne peut passer par 1 oeil.

On voit maintenant pourquoi, lorsqu'on in- sere une carte derriere le Spath, dans Texperience de M. Monge, I'image qui disparoit la premiere est celle qui est situee du cote du spectateur, dans la direction su, puisque le rayon ^o, d'oii provient le rayon su, est place du cote oppose, a cause du croisement des rayons ou, It, au point k.

( So )

Si le pointy etoit place immediatement sur la base b 71 , alors les parties ko, kl , devenant nulles , le point k se confondroit avec le point ^, et Tceil verroit toujours deux images de I'objet, a laide des rayons kus , kts, diriges dune ma- iiiere convenable.

Tels sont les seuls developpemens du pheno-' mene que me permettent les bornes que je me suis prescrites dans cet article. Mais je ne dois pas omettre , avant de finir , que les surfaces du rhombo'ide ont un pouvoir reflechissant tres- sensible , d'ouil arrive que certains rayons partis d'un meme point visible , sont renvoyes par les faces interieures laterales , dans de telles direc- tions , qu'apres etre sortis par la base superieure , ils tendent vers 1 oeil , et multiplient les images du point visible. J'ai observe ainsi quelquefois jusqu'a six images d'un meme point, dont deux etoient produites par les refractions ordinaire et extraordinaire , et les quatre autres par la re- flection sur les faces interieures du Spath.

warn

■.,y.

J-'V-fi

p

rt

l>}. 1^

Y^ 7 -U

S^<y //.

c^,-,"

Sbf-i

Ccs/i^i^"'^^ ///h/"/-^/

I •'•'^ ••«■■>" V*.'-' )

... ..... ,

•>-

PI. 4

.A>/////t// 1/'///,^/ ya////('//c J'.'j.^

/i. ■,,.,,,/ ./u^.r.-/

. 'aii

V-?.v, ' *?■- -^ " -■'-

( Si ) ^HlLOSOPHlE BOTANIOUE.

P A R M. L A M A R C K. /

Valcur des caracteres. On ne sauroit se promettre tie travaillcr avcc quelques succes aux progres de la Botanique, qu^on ne se soit fait une juste idee des caracteres qu il convient d'employer dans les diverses classifications a etablir parmi les vegetaux. Or, nous avoiis dit, dans le i^^ numero de cc Journal , que les raoyens qu'on peut employer pour distinguer les vegetaux , soit coUectivemcnt, soit separertient , consistent dans la citation des differences essentiellcs qu'offrcnt cntr'eux ces ve- getaux ou les grouppes qu on en a pu former par des rapplrochemens , a raison des ressemblances. Nous avons dit ensuite que le nom qu'on a donne ^ ces differences employees commc raoyens dis- tinctifs , sont les caracteres qui font Tobjet des rcchcrches des Naturalistes dans toutes sortcs dc determinations.

Ici , nous nous proposons de faire voir que toutes les differences que Tobservation presentc dans Texa-t men des vegetaux, ne sont pas egalement bonnes a etrc employees comme caracteres; que leur valeur ou Icur importance n'est pas la meme pour toutes , ni dans tous les cas.

N°. 3. L

(82 )

En effet, on a vu que tous les anclens Botanistes nVvoient forme parmi les vegetaux que des classi- fications tres-defcctucuses , et surtout tres-incon- venables , parce qu'ils attachoicnt trop d'impor- tance aux caracteres que Ton pcut obtcnir de la consideration des qualitcs propres et du port des vegetaux ; et qu'ils negligeoient entiercraent ccux que la fructification leur offroit. On a vu apres cela que si , dcpuis Ca^salpin jusqu'a Linnasus , quelques unes des parties de la fructification des vegetaux furent plus employees qu'auparavantdans les classifications etablies parmi les plantes ; nean- moins elles ne le furent pas encore uniquement. Ce n'est done que depuis Linnaeus , depuis que ce celebre Naturaliste a ecrit sur la Botanique, qu'on est bien generalcment convaincu que c'est dans la fructification seulc ( i ) qu 11 faut chercher les

(l) M. Tabbe de RamaUielle vieiu de presenter a I'acadeinie des sciences iin ouvrage de sa composition sur les bourgeons des arbres ; ouvrage original, qui oflre sur cette maiiere , un grand nombre d'observatioiis inte- vessautes. Le meme ouvrage presente dans une de ses parlies , une methode aaalylique , au moyen de laquelle on pourra recoiuiottrc tous les arbres dont il traite , sans avoir besoin d'examiner leur fructification. M. de Rania- tuelle sait neanmoins tres-bien que les arbres, aiusi que les autres plantes, ne doivent etre classes que d'apvo ks caracteres de lewr fructification. Mais , daus le raeme

( 83 )

caracteres propres aux meilieures classifications a etablir parmi les vegetaux.

Mais parmi les diverses parties qui coinposent ce qu'on appelle la fructification dans les plantes , il est encore tres-important de remarquer celles de ces parties qui doivent obtenir la preference ; et celles -ci etant determinees , II convient de fixer le mode de leur emploi le plus avantageux a la science : c'est I'objet que nous nous propo- sons d'examiner dans cet article.

Dabord il n'est nuUement douteux , comme nous Tavons dit ailleurs dans les ouvrages que nous avons publics , que la valcur plus ou moins grande dun caractere en Botanique , ne reside entierement dans la plus ou nioins grande uni- versalite d'emploi que la nature elle-meme a faite de la partie qui en est Tobjet. Or, il est cons- tant que ce sont les parties de la fructification ( lajlcur et le fruit ) qui ont re^u de la nature le plus d'universalite d'emploi, car ces parties ren- fermant les craves de la generation future , aucun vegetal n'a du en etre depourvu complettement ; au-lieu que chacune des parties du port des

point de vue qii'a eu AT. Sauvnge, il doiine seulement '.m moyen facile ponr ks recomioilre siir-le-cliamp, et noix pour les classer pai'ini les aiiti'es vegetaux,

L 2

(84) plantes , n'existe pas essentiellement dans toua les vegetaux. II est done evident qua raison de cette plus grande universalite d'emploi bien re- connue , les parties de la fructification ont du obtenir sur toutes les autres parties des vegetaux la preeminence decidec que les Botanistes leur accordent.

Ensuite parmi les parties de la fructification meme , Tobservation nous apprend que les or-^ ganes sexuels ont beaucoup plus d'universalite d'emploi par la nature , que ces parties accessoires qui paroissent destinees seulement a favoriser les developpemens de ces organes, telles que les bractees , le calice , la corolle , les glandes , les, ecailles , les polls , les cavites melliferes de I'in- terieur dcs fleurs. Le but en effet que se propose la nature dans la fructification des vegetaux , n etant pas equivoque , Ton sent assez que les organes sexuels sont les parties veritablement essentielles de la fructification, et qu'en conse-r quence elles ont du obtenir de la nature une universalite d emploi superieure a celui de toutes les autres parties qui peuvent accompagner ces

organes.

Ces principes sont, a ce qu'il nous paroit^ incontestables : il en resulte que dans les grandes classifications a etablir parmi les vegetaux , ^

(85)-

consideration des organes sexuels est tine des principales dont on puisse faire usage. Nous disons une des principales , parce que toute im- portante qu'elle est, neanmoins cette considera- tion nest pas la plus essentielle de toutes. En effet, dans tout Tappareil des parties de la fruc- tification , la nature n'a qu'un seul but ; c est celui de la formation de la graine , qui est le vrai gage de la conservation des especes par la repro- duction des individus qui les representent. C'est done dans la graine meme (comme etant la plus importante des parties de la fructification ) qu'il faudroit chercher les caracteres les plus solides , etpar consequent les moins variables que la fruc- tification puisse ofFrir.

Mais les considerations propres a foumir ces caracteres solides ne se trouvtnt point dans la forme, ni dans les dimensions de la graine, et tencore moins dans le nornbre de graines que chaque pericarpe peut contcnir. Elles ne se trouvent pas non plus dans la nature ou la forme du pericarpe qui contient les graines : aussi nous osons assurer que toutes ces considerations, a la verite tres-utiles pour etablir des distinctions ge- neriques , ne vaudroient absolument rien dans des classifications plus generales.

11 ne reste done de consideiJition vraiment im^

( 86 y

portanteasaisir dans la graine, que les trois sui- vantes; savoir : i°. sa composition; 2°. la nature meme de la substance qui la constitue ; 3°. la situation de rembryon quelle contient. Cepen- dant , quelques solides que soient les caracteies qu'on pent retirer de ces trois considerations , il ne paroit pas convenable de les employer dans les classifications a etablir parrai les vegetaux , principalement parcc que les methodes et les systemes qui les admcttroient pour base , offri- roient dans leur usage des diflicultes multipliecst et considerables. C'est pourquoi nous croyons qu il faut reserver les caracteres tires de la con- sideration de la graine pour les determinations des families , et des rapports natuixls dans tous les cas douteux; et qu'il faut sc servir plus par- ticulierement des parties de la fleur dans les. classifications les plus convenables a la compo- sition des methodes ou systemes propres a faire connoitre les pi antes.

Si , comme nons lavons dit, la graine est la partie vraiment essentielle du fruit; les organes sexuels , comrae nous Tavons aussi rcmarque , sont assurement les seules parties essentielles de la fleur. Mais nous avons vu que dans la graine on pouvoit saisir des considerations de peu d im- portance , telles que Icur forme exteiicure , leur

(S7) grosseur , leur couleur , leur nombre dans ie pericarpe oudans ses loges, etc. ; considerations qu'il seroit peu convenable d'employer dans des classifications generales. Eh bien , nouspouvons dire parfaitement la meme chose des organes sexuels. Ainsi , c^uoique ces organes soient les plus et nieme Ics seuls essentiels de la fleur, its ofFrent dans leur nombre, leur reunion ou leur separation , leurs dimensions* etc. des conside- rations de si peu de valeur, que les classifications generales etablics d apres les caracteres qu'on en pent obtenir , sont presque par-tout en contra- diction avec les connoissances qu'on a des rap- ports naturels les plus generalement avoues.

II resulte de cette observation que le fameux systeme de Linneeus , fonde a la verite sur les parties les plus essentielles de la fleur, parties qui, a notre avis, meritcnt d'etre preferees a la grainc meme , quoique plus esscntielle encore , il en resulte , disons-nous , que ce systeme admettant a I'egard de ces organes des conside- rations de peu dimportance , offrc de grands defauts dans la plupart de ses parlies ; et qu'il est bien moins avantageux aux vrais progres de la science qu'on ne Ic croit communeraent. C'est ce que nous nous proposons de developper dans i'un des numei'os qui vont suivre.

188) '' OBSERVATIONS. "

En general , on remarque que les especes d'uti jneme genre se ressembient , a bien des egards^ dans les particularites principales de leur port ; fct qu'elles presentent dans leur feuillage une analogic tVappante , qui fait reconnoitre leuf genre au premier, aspect. Quelquefois , malgre cela, la nature semble s'eloigner singulierement de cette sorte de regie : en efFet, elle nous ofFre dans certains cas des plantes congeneres telle- ment difFerentes entr'elles , quant a leur feuillage et leur aspect, qu'on est tente de ne pas croire aux resserablances indiquees dans les parties dd ia fructificadon de ces plantes.

Ces exceptions , dont on connoit des exemples temarquables , ne sont pas neaninoins aussi com- munes qu'elles leparoissent; etily a en elFetbieia des cas ou Ton n'a cru trouver une tres-grande difference dans Ic feuillage de certaine.s plantes congeneres , que parce qu'on s'est trompe sur la nature des parties de ces plantes , qu'on a regarde comme leurs feuilles.

J'ai deja , en effet , cite quelques exemples de cette erreur, qui consiste a. prendre, dans cer- taincs plantes , des petioles nuds pour les feuilles

mem?

(89) meme. ( Voyez dans mon Dictionnaire , voL 2 ^ p. 704, lart. Gcsse, n". 2 , Lathyrus nissolia. Lin.) J'ajouterai ici une nou\'elle prcu\'c a ce sujet, en faisant Texposition dune trcs- belle espece d^Acacie, que je nomme et caracterise de la ma- niere suivante.

AcAciE oblique, t. 5. Mimosa obliqua. t. 5.

A.Inerme; a petioles M. Inermis ; petiolii

planes lineaires-lanceo- planis lineari-lanceolatis

ies obliques nuds folii- ohliqujs nudis foliiformi^

formes, epis globuleux Inis , spicis axillaribus

axillaires. globosis.

Coniparez avcc leTTzz- Conf. cum mimosa

mosa suaveolens.dtS) actes suaveolente act. iociet.

de la soc. Linneenne. Linnan. p. 253.

Lieu nat. ... L. n.

Port. Arbrisseau de 5 a 6 pieds, droit, glabre en toutes ses parties. Tige cffilee , garnie de rameaux laches, verdatre , anguleuse , a angles interrompus alternativement , comme feuillee dans toute sa longueur par la forme singuiiere des petioles nuds dont eile est garnie. Rameaux droits , anguleux et feuilles comme la tige. Petioles alternes , epars , applatis , lineaires-

N^ 3. M

( 9^ ) " lanccolcs, mucrones , un peu arques , obliques, non nerveux , decurrens par leur base , ressera- blans a des feuilles , et longs d'environ 4 pouces sur 2 lignes et demi de large. Grappes axillaires , plus courtes que les feuilles. Fleurs blanches, ramassees 5 a 8 ensemble , en tetes globuleuses, pedonculees.

Fructification. Fleurs, les.unes males, les autres hermaphrodites melangees dans la mcme tete. Calice profondement quinquefide ; a decoupures etroites , aigues. Cinq petales ovales , pointus , ouverts , plus grands que le calice. Etamines nombreuses ( plus de i5); a filamens setaces , blancs , une fois plus longs que les petales : antheres , arrondies , didymes , jaunes. Ovaire turbine , obtus , glabre ; style setace , insere obliquement sur Tovaire ; stigmate simple. Gousse liueaire.

Remarqu(s. II est certain qu'au premier aspect cet arbrisseau singulier paroit veritablement feuille, quoiqu il ne soit reellement muni que de simples petioles qui ne portent ni pinnules ni folioles quelconques. Mais on cessera de se tromper a cet egard , et de prendre ces petioles pour des feuilles , lorsqu'on saura qu'en naissant , cette plante pousse des feuilles munies alors de toutes les parties qui les constituent , et qu'ellcs sont,

(91 )

veritablement composees , comme c'est le propre des especes cownues de ce genre. En efiet, les premieres feuilles de cet arbrisseau consistent chacune en une couple de pinnules ailees sans impaire, soutenues par un petiole commun ap- plati, lineaire-lanceole, etsemblable aux petioles nuds, dont la plante adulte est garnie. Chaque pinnule porte 6 ou 8 folioles ovales, obtuses , opposees par paires. Ces feuilles fletrissent, tom- bent , et par la suite la plante , en se developpant , ne pousse plus que des pttioles , comme ceia arrive au Latkyrus nissolia , ainsi qu'aux panics interieures du Pisum ochrus.

L'espece di Acacie dont je traite dans cet article n'fest pas la seule de ce genre qui offre une tige garnie de petioles nvids et foliiformes. Le Mimosa simplicifolia de Linne fils ( suppl. pag. 436. ) est dans le meme cas, et a en effet beaucoup de rap- ports avec cette -espece. Mais la plante de Linne fils a ses feuilles ( ses petioles ) nervcuses, ob- tuses , et moins etroitcs ; ce qui la distingue sufRsamment de celle dont il s'agit ici. II paroit que la plante de Linne fils est la meme que le Mangium montaniim dontRuraphe ( herh.amb. vol. 5, p. 1 q3 , t. 8 1 . ) a donne une Hgute bien mediocre.

II y a environ dix ans que j'ai public dans mon Die tionn aire , souslenomde Mimosa heterophilla ,

M 2 '

(90

f voyez Acacie hetero'phylk, n°. 28. ) une espece du meme genre, ayant encore des petioles nuds applatis tt foiiiformes : mais ses jcuncs rameaux ou ses rameaux steriles ontdes feuillesbipinnees. Je donnerai incessamment dans ce Journal , la figure de cctte belle Acncie , qui n'est encore connue que d'apres mon ouvrage.

Explication di la planchc 5.

[a] Fleur lierftiapliro- ( e ) Etamine.

dite. (/) Pistil.

{^) Fleur male. {g) Feuille primor- {c) Calice et corolle diale.

vus en clessous. ( h) Rameau fleuri. [d] Un petale separe.

DESCRIPTION

Ifunt nouvelU espect de Cetoint.

Par G. a. Olivier.

Parmi Ics Inscctes que M. le Blond a envoyes dc Cayenne , a la societe d'Histoire Naturelle et a (juelqueg - uns de ses membres , nous avons

I

(93) remavque une Ckoine qui n'est decrite dans aucun ouvrage , et que nous n'avons vu dans aucune collection. Nous croyons devoir en donner ici la description et la figure.

Cetoine grillee. Cetonia clathrata.

C. Corcelet noir , rave CThorace nigra ,Jlavo

de jaune ; elytres d'un lineato, elyiris fusco-pur-

pourpre fonce, pointil- pureisjlavo punctatis,tab,

leesde jaune,pl.6,fig.2. ^ , fig- 2.

Elle se trouve a Cayenne. Habitat Cayennce.

Magnitudo CcionicE chinaisis. Clypeus quadratiis , suhtridentatus. Antenna nigra , clava triphylla rufes^ cmte. Caput nigrum immaculatum. Thorax orbicn- latits niger, marginibus , lincis tribtis^trigaque laterali (ibbrtviatajlavis ; margo tamen tenuissime niger den" ticulatus. Elytra fuscO'purpureaJlavo punctata. Corpus stcbtus nigro-aneum Jerriigineo villosum. Pedes nigri , femoribus anticis , versus apicem uuidentatis. AbdO' men post ice nigrum, maculis tribus oblongis Jlavis.

Ellc est a-peu-pres de la grandeur de la Cetoine chinoise. Les antennes sont noircs , avec la masse ferrugineuse triphylle. La tete est noire, sans tathes. Le chaperon est carre , presque tridente.

(94)

Le corcelet est noir, avec trois lignes longitudi- nales, au milieu, une autre vers les bords late- raux, et une ligne transversale , courte, laterale, d un jaune obscur. Le rebord est noir et crenele. Les elytres sont d un pourpre fonce , avec un grand nombre de petits points dun jaune blan- chatre. Le dessous du corps est dun noir bronze, convert de poils courts , ferrugineux. La partie posterieure de I'abdomen est noire et marquee de trois taches oblongues , d un jaune obscur. Les cuisses anterieures ont une petite dent vers leur extremite ; les jambes ont une petite en- taille vers leur base interne, et trois fortes dents vers leur extremite externe. . Du cabinet de la societe d'Histoire Naturelle.

Sur la pesantmcr specifique des Miiieraux.

Par M. H a u y.

Si Tofi pese successivement dans lair clifferens corps , qui aient un meme volume , tel que celui dun pied cube ou dun pouce cube , les rapports entre les poids dc ces corps donneront cc qu'on appelle Us pesanteurs speclJiqiKS ou relatives de ces corps. Ainsi un corps a une pesantcur specifique

( 95 ) double ou triple de celle d'un autre corps , lors* qu'a vol ume egal il pese deux ou trois fois autant. Le poids dun corps depend de la quantite de matiere propre que ce corps renferme , sous un volume donne, c'est-a-dire de sadenstte, etcomme cettc derniere propriete tient elle-meme a la na- ture et a la composition des corps , il en resulte que la pesanteur specifique peut fournir un carac- tere avantageux, du moins dans un grand nombre de cas , pour la distinction des mineraux. On salt, par exemple , que le pouce cube dor pese environ douze onces et demi , et le pouce cube de cuivre , a-peu-pres cinq onces. D'apres cette connoissance , on pourra toujours s'assurer , a 1 aide du poids , si un metal est de Tor ou du cuivre , pourvu que Ton connoisse le volume du morceau.

Mais les corps naturels avant tres-souvent des figures ou compliquees ou irregulieres, lestima- tion de leur volume , pour le rapporter a une mcsure donnee , seroit presquc toujours impra- ticable ou tres-defectueuse , et en pesant ces corps a la manicre ordinaire , on auroit bien leurs poids absolus , mais on ne pounoit com- parer exactement ces poids entr'eux , eu ecrarti a un volume determine, ni par consequent eva- luer leurs pesanteurs specifiques.

( 96 )■

On y parvient a Taide d'un moycn aussi simple quingenieux, dontnous allons donncr une idee> Lorsque Ion plonge dans Teau un corps sus- pendu a un fil , Teftort qu'il faut faire pour soute- nir ce corps , et I'empechtr de tomber au fonds , en supposant qu'il soit asscz pesant pour cela , nest plus egal au poids total de ce corps, Car le fluide soutientce corps en partie, et la force qu il exerce pour ie soutenir , est la meme qu il exer- ceroit sur un nouveau volume d eau , qui , a son tour, remplaceroit ce meme corps. II suit de la que le poids du corps doit se trouver dirainue d'une quantite egale au poids dun volume d eau equivalent , ou , ce qui est la meme chose , au poids du volume d'eau que ce corps a deplace.

Si done on peso dabord dans I'air, et ensuitc dans I'eau, un corps specifiquement plus pesant que ce dernier fluide , la difference^ntre les deux poids , ou la perie que le corps aura faite de son poids dans I'eau , donnera le poids du volume d'eau deplace , et comme il importe peu de quelle figure ou de quel volume est le corps , puisque, dans tons les cas , le rapport entre son poids et celui du volume d'eau deplace sera le meme, on pourra toujours conclure de I'expe- rience , qu'en general tel corps pese deux fois , ti-ois fois , quatre fois , etc. autant qu'un cgal

volume

( 9? ) Volume d'eau. Si Ton fait la meme operation sur un second corps , en saur.a pareillement de combien le poids de ce corps Temporte en general sur ceiui d'un pareil volume d'eau , d'ou il suit que 1 eau pourra servir de mesure commune pour comparer les pesanteurs specifiqucs des deux corps. Car si le premier, par exemple, pese deux fois, et le second quatre fois autant que 1 eau a volume egal , il est bien clalr que la pesanteur specifiquc du dernier sera le double de celle dc I'autre.

La balance dont on se sert pour les experiences relatives a. ce genre de recherches , sc nommc balance hjdroslatiquc. On peuten voir Tusage dans Texcellent ouvrage deM.Brisson, de Tacademie des sciences , qui a pour titre : de la pesanteur spe- cijique des corps. Le but que je me propose ici , est de repandre la connoissance dun jjetit ins- trument tres-commode , portatif et peu dispen- dieux , imagine par M. Nickolson , et a 1 aide duquel on parviendra a des estimations de la pesanteur specifiquc , sufEsantes pour lusage ordinaire.

Cet instrument , qui a du rapport avec le pese- liqueur, consiste dans un tube CD (fig. i.) dc fer blanc , ferme par ses extremites, ou il est ar- rondi en forme de segmens de sphere OCP,TDS,

N^ 3. N

(gS)

Au sommet C de la partie superieure est fixeC une tige faite d un fil de laiton bien. droit , et dirisiee dans Ic sens de Taxc du tube. Cette tioe pcrte a son extremite une espece de petite sou- coupe ou de cuvette A dc fer blanc (i) , et elle est de plus marquee transversalement , a une certaine hauteur , qui sera indiquee plus bas , d'un trait b fait avec la lime. A la partie infe- rieure D du tube est sonde , par le milieu , un autre fil de iaiton MDN courbe en forme de fourche, et qui soutient un cone renverse EG, concave en E , a lendroit de sa base , et leste en dedans , vers son sommet G avec du plomb. Le poids de linstruraent doit etre tel, que quand on plonge celui-ci dans I'eau , pour I'abandonner ensuite a lui-meme , auquel cas le tube prend line direction verticale , ime partie de cc tube surnage. On charge ensuite la soucoupe A avec des poids , jusqu'a ce que le trait h soit dcscendu a fleur deau. Je supposerai que ki charge totale , dans ce cas , soit de 5 gros , plus 40 grains , ou

( r ) On poiirra soiider sous la cuvelle A un petit cy- lindre creux de fer blanc, de deux ou li'ois ligiies de longueur, dans lequel on fera entrcr I'extremite de Ja tige, qui, par ce moyen , se trouvera fixee plus solide- ment sous la cuvette, que si on I'y eiit soudee iinmedia- lenieut.

(99 \

de 400 grains (1). L'usage de rinstrumcnt sera iimite aux, corps dont le poids n'cxcede pas cette

pharfre.

Pour peser specifiquement un de ces corps , on ic plongeia d'abord dans la soucoupe A, et i on ajoutera la quantite de grains necessaires , pour que le trait b descende au niveau de Teau. Supposons que le corps soit un morceau de Spatli calcaire , et qu il faille ajouier i5o grains. La difference 25 o grains , entre cette quantite et la charge totale , qui est de 400 grains, donnera le poids du Spath dans Tair. On retirera ensuite rinstrument de I'eau, en le saisissant par la tige de laiton , puis ayant place le Spath seul dans la cavite E, on replongera le tube dans Tcau, od il prendra necessaireraent une position plus elevec , ensorte que le trait b se trouvera au-dessus du niveau. Supposons que, pour I'y faire revenir , il faille ajouter gs grains' aux l5o grains qui ctoient dans la soucoupe A , on en concluva que le Sj^ath perd dans I'eau 92 grains dc son poids. Cette pertc est le poids d un volume d cau egal a

(r) On sait que la iivre vant l6 oiiccs, I'oiice 8 gros, ct le c;ros 72, grains. Le j^rain se sous-divise eiisuite en demi-crraiiis ei en qiiai !s de grains. Mais en se servant de rinslrnmetit dont il s'agit ici , on fera bien de s'en ieuic aux dcmi-graius.

N 2

( 100 )

celui du Spath. Done la pesanteur specifique de Teau est a.celle du Spath , comme 92 est a 25o- Maintenant si Ton designe en general par 1 0,000 la pesanteur specifique de Teau, on aura cette proportion, 92, poids du volume d'eau deplace est a 2 5o , poids du Spath dans Tair , corame 10,000 , pesanteur- specifique de I'eau est a un quatrieme terme qui donnera la pesanteur speci- fique du Spath rappcrtee a celie de Teau, en prenant 10,000 pour mesure de comparaison. Ici ce quatrieme terme sera 27170 , avec un

rcste |y , que Ton pourra negliger si Ton veut. Or, en consultant la table deM.Brisson , ou une methode dans laquelle seroit comprise rindica- tion des pesanteurs specifiques, on peut s'assurer de la conformite du resultat que Ton a obtenu , avec celui de Tautcur de la table ou de la me- thode , tous les savans qui se sont occupes de cet objet, ayant opere d'apres la supposition que la pesanteur specifique de I'eau etoit repre- sentee par un norabrc decimal, tel que 1000 ou 10,000 (]).

(l) M. Brisson s'est servi d'eau distillee, a laquelle on pent substituer I'eau de pluie recue immediaiement dans \m vase bien propre , ces deux ea;ix ayant par-luut eensiblement la meme naUire. De plus, il a entretenn I't^aii auiaut, qn'il a ete possible, a la temperalure de 10 degre* du ihermomeire de Kvamiiyr.

( 101 )

II est bien evident que le nombre dont il s'agit ayant servi de tcrme commun, pour comparer la pesanteur specifique de chaque mineral avec celle de Teau , la table donnera les pesanteurs specifi- ques des difFerens mineraux. Ainsi les nombres qui repondent, dans louvrage de M. Brisson , au crystal bleu appelle vulgairement Saphir d'eau, et a la gemme orlentale bleue . qu'on nomme Saphir oriental , etant 25,8 1 3 d'une part, et 89,941 de lautre , le rapport entre ces nombres fera connoitre les pesanteurs specifiques des deux. cOrps ; par ou Ton voit combien le caracterc emprunte de cette propriete seroit ici avanta- geux , pour tirer de son incertitude un naturaliste qu douterolt a laquelle des deux substances ap- partiendroit une pierre qu'on lui auroit donnec . sous le nom vague de Saphir.

L instrument que nous avons decrit a cet avan-« tage . que Ton peut aisement, par son moven , peser a-la-fois plusieurs morceaux d'un memo mineral , dont cbacun , pris separement, seroit trop petit pour permettrc d'evaluer avec precision sa pesanteur specifique.

Lorsque le trait b approche du niveau , il n'est pas inutile , pour donner plus de jeu a I'instru- ment, de lui imprimer une legcre impulsion de liaut en bas , de maniere a Ivii faire faive de

( 102 )

petits mouvcmens , a laide clesquc4s 11 descendc et nionte akernativcment , jusqua. ce qu il soit parvenu a Tetat de repos.

Au-dessus de la cuvette A , on peut en placer une seconde de plus grand diametre, dont la couvexlte entre dans la concavite de la premiere, et qu'on soit libre d'enlever de dcssus Tinstru- ment, lorsqu'on voudra toucher aux poids pour les arranger.

Je donnerai ici Ics proportions et le poids dc 1 instrument dont je me sers.

Diametre OP ou TS du tube de fer blanc, .19 ligncs.

Hauteur de ce tube entre les points O et T , ou se termine sa purtie cylindrique , 3 pouces 8 lignes,

Diametre m?i de la base du cone, 21 lignes.

Distance entre le point D et le centre du cercle qui a , pour diametre , mn , 19 lignes.

Hauteur de la tige de laiton , co lignes.

Distance be , 6 lig-nes ^.

Diametre de la cuvette inferieure, 14 lignes.

Diametre de la cuvette superieure , 22 lignes.

Poids total de rinstrument, 4 onccs 6 gros 36 grains.

Lorsqu'on veut porter Tinstrumcnt en voyage , on le renferme dans un etui cylindrique de fer

( io3 y

blanc , asscz large et assez haut pour tenir lieu ,' au besoin, du bocal de verre que Ton emploie communeraent dans les experiences relatives a la pesanteur specifique.

J'observerai, avant dc finir, que les melanges frequens des mineraux , avec des matieres etran- geres , font necessairement varier, jusqu a un certain point, la pesanteur specifique, dans les morceaux qui appartiennent a une meme subs- tance. Mais on a du moins des limites entre les- queiles se trouvent resserrees les pesanteurs de ces morceaux , et les estimations aiixquelles on parviendra, etant plus ou moins voisines de Tune ou I'autre de ces limites , suffiront souvent pour indiquer a quelle substance appartient le morceau que 1 on pesera ; pu s'il reste encore de I'equi- voque , pourront du moins coricourir vers le riieme but , avec les indications foiirnies par queUju'autre caractere , qui fera ressortir celui de la pesanteur specifique.

^Essassssxsaaa

Sur line noiivdU espcce. de Mt'l-ir-f.

Par]. G. Brlguiere.

J'ai eu deja occasion de dire que les coquilJcs qui son-t les moins connues sont les fiuviatiles ;

( 104 ) Ce qui pcut provenir de ce que vivant cacliees,' et ordinaircment enfouies dans le sable ou dans la vase du fond des rivieres , leur recherche pre- sente plus de difficultes que ceJIe des especes terrestres ou marines , ou de ce que etant natu- rellement privecs de couleurs eclatantes, elles ont ofFert moins d'attraits a la curiosite des ama- teurs. Aussi est-il certain qu'elles sont tres-rares dans les collections, quoiqu'il paroissc d'aiileurs qu'elles ne sont pas moins abondantcs dans la Nature que les autres ; on pent du moins le con- jccturer de ce que Ton en trouve de nouvelles par-tout ou on se donne la peine d'en faire la recherche , et la sur-tout oii elle avoit ete faite avec peu d'intelligence ; voici une nouvellepreuve de ce que je viens d'avancer. M. Leblond , ancien medecin Naturaliste du Roi a Cayenne , ayant donne a la societe d'Histoire Natureile de Paris la riche collection d'objets naturels quil avoit formee pendant ses voyages (i) dans cette partie

(l) M. Leblond etoit deja avantageusement conmi des savans par ses voyages dans le Perou et dans le vaste continent de rAmerique meridionale , ou il avoit ramasse les materiaux de divers memoires iuteressans, qui out ete inseres, soit dans le requeil des savans etrangers de I'academie des sciences , soit dans cciix des societes royales dq medecine »t d'agvicullure; il vieut d'acquearir

du

( io5 )

■du continent de rAmerique , et m'ayant destine les doubles qui s'y trouvoierit, ils'y est rencontre cinq coquilles fluviatiles , dont quatre sont in- connues , parmi lesquelles se trouve eelle dont je vais donner la description.

Cette coquille appartient au genre de la mulete unio Reli. que jai cru devoir separer, a 1 cxemple de M. Retzius , de celui de la mye mya Linn, qui de cette maniere , independamment des autres caracteres, ne renfermera plus que des coquilles

de nouveaux droits a leur tecomioissance , par le don qu'il a fait a la societe d histoire naturelle de la prf^.- ciense collection (ju'il avoit formee, eii dernier lien , dans la Gayaune , oi'i il avoit ete envoye , par legovivernemeiit , pour tenter la deconverte de i'arbre du quiuquiua. Les difFerens voyages qu'il a executes, dans cette vue, lui ont procure, outre la connoissaiice de peuples inconnus, dont il est a desirer que des circonstances favorables lui permettent de nous faire connoitre les raceurs, une ample recolte deinineranx, dont il s'est reserve la joiiis- sance , dans I'iutention d'en puhlier incessammeiit le tableau, et une collection precieuse de quadnipedes , d'oiseaux , d'insectes, de coquiJlages etdeplantes, dont il a fait horaraage a la societe d'liistoire naiurelle, a I'exceptioii des objets d"nl)les qu'il m'avoit destines, par tine predilection dont je sens t.iut le prix, et dont je rnVslioe heureux de puuvoir lui temoigner publiquemeut ma reconnoissauce. --•

N^3. O

( io6 )

marines. Celle-ci est fluviatile comme toutes les especes de son genre , et eminemment distin- guee de celles qu'on connoit par les grains sail- lans, dont toute la superficie de ses valves est parsemee. si 33f'

M u L E T E.

U N I O.

Caract. du genre.

Co^MtV/e bivalve, trans- verse.

Valves egales , fermees par-tout, nacrees dans rinterieur.

Empreintes muscidaires , troisdans chaque valve; une sur leur bord an- terieur , deux inegales souvent reunies sur leur bord posterieur.

Sommets.,so\iw tx\i carles.

Charniere, 2 et3 dents articulees ; valve droiie , 2 dents: une longitadi- nale parallcle au liga- ment, laseconde courte crenelee , situee en ar-

Charact. generis.

Testa hivalvis ,. trans- versa.

Valvular (equales, undi- que clause , intiis marga^ ritacea.

Impressiones muscu- lares , tres in quadam vaU villa ; unajuxta margine^n anleriorcm , duo inxquales scepius miila prope mar~- ginem posterior an.

Apices, s(cpiiis erosi.

Q^xdo,daucs duo et tres articulati. Valvulae dex- tra; duo : alius longitudi^ nalis ligamento parallelus, alius crassns crenatus pone apicem situs. Valvule si->

I

I

( 107 ) licre du sommet. Valve nistra: denies tres ; tinui gauche , 3 dents ; une longitudinalis inferne ca^ longitudinale , accom- pagnec en dessous d unc gouttiere parallele : 2

naliculatus : duo alii incc- qiialcs striata - crenati

inegales crenelees , si- tuees en arriere du som- inet.

Ligament exterieur , ccnvexe , epais.

Mule IE s:renue.

crassiitscidi pone apiccm siti.

Ligamentum exteriusl convexwn , cra^sum.

Unio granosa.

Mulete, coquilletoute Unio , testa granis con' parsemec de grains sail- Jertis luidiquc obsita.Tab. lans. PI. 6,fig.3,4. 6,Jg.3,4.

Descript.

Hauteur , 18 lignes : largeiir, 1 pouce 5 lignes: profondeur , 6 lignes.

Forme ovale , un peu elargie et obtuse en avant , arrondie en arriere.

Valves peu epaisses , marquees a leur superficie de quelques stries transverscs , indiquant leurs crues successives , parsemees de graines convexes, tres-nombreux , et disposes sur Icur face ante- rieure en des series obliques.

Empreintes miiscidaires , 3 dans cliaque valve ;

O2

(io8)

une superficielle ovale , situee vis-a-vis rextre-« mite anterieure de la dent longitudinale , deux inegales profondes reunies , situees a cote des dents crenelees.

Sommeti pen saiUans profondement caries , raontrant une nacre couleur de corne.

Charnierc ; valvt droite , dent anterieure longi- tudinale , finement granuleuse a sa superficie , dent posterieure courte , comprimee , crenelee , munie en dessous d'une fossette. Valve gauche, deux dents antevieuics paralleles , formant entre elles une gouttiere profonde, dents posterieures inegales , situees en arricre du sommct ; celle qui en est la plus rapprochee tres-petite , la plus eloignee epaisse, saiilantc et striee sur sa crete.

Couleur d'un brun tres-fonce a Tcxterieur ; nacre des somraets cornee ; nacre de 1 interieur bleuatre , nuee de roux sur les bords.

Habite dans les rivieres de laGayanne, a quel- ques lieues de distance de la mer.

Explication des figures 5 et 4. de la planche 6.

3. Midete grenue de grandeur naturelle , ayant SOS valves ouvertes , ou on apperooit ses em- preintes musculaires , et les dents dc sa ch^r-i

( log )

4. La meme , vue au dehors , pvesentant son ligament, ses sommets caries , et les grains sail- lans de sa superficie.

Sur les Mines de Charhon des montagnes des Cevennes ,"' et sur la double empreinte des fougeres quon trouve dans leurs schistes.

Par ]. G. Bruguiere.

On trouve , dans la terre , deux sortes d'em- preintes de vegetaux , qui doivent leur origine a des causes et a des epoques bien differentes ; les unes se rencontrent communement sur les schistes c^ui accompagnent les charbons de terre , quelquefois, ct en moindre quantite , dans les mines d'ardoises , quoique situees a une grande distance des premieres, et doivent leur origine a la mcr. Elles representent des vegetaux , la plu- part inconnus , et principalement des fougeres , dont les especes analogues ne se rencontrent plus dans les memes contrees. Les autres ne sont pas rares dans les tufs qui doivent leur formation aux rivieres , et apparliennent a des vegetaux qui croissent encore sur leurs bords, oa du moins a certains d'entr eux que Ton retrouve a d'assez petites distances,

(110)

C'est des premieres seulement dont je dois parler ici , et dont je me propose d'expliquer un dcs principaux phenomenes, celui de la double empreinte dune seule de leurs faces, qui se pre- sente toujours de la maniere suivante. Si on fend un bloc de schiste contenant des fougeres, sur son assise horisontale , on trouve que les fou- geres , qui y sont contcnues , ofFrtnt deux pm- preintes d'une seule face de la meme feuille , dont Tune porte sa forme en relief, tandis que I'autre donne cette mcme forme en creux, exac- tement moulee sur la premiere ; mais tantot Tempreintc en relief ticnt an fcuillct superieur du schiste , et tantot a Tinferieur ; il est meme trcs- ordinaire de rencontrer, sur un bloc de schiste ainsi fendu , des fougeres en relief, et d'autres en creux, dont le feuillet oppose ofFre la contrc- empreinte exacte , et toujours dans le sens reci- proque que je viens d'indiquer.

Ce fait etoit deja connu des Naturalistes , et avoit meme ete discute par Luyd , Woodward , Schcuchzer et Antoine dejussieu, dont les deux premiers ont fait connoitre les empreintes vege- tales des mines de charbon de lAngleterre , Scheuchzer celles de 1 AUem.agnc et de la Suisse, etjussieu celles de S. Chaumond, dans le Lyon- nois. De tous ces auteurs , le dernier est le seul

{ 111 )

t[ui aie embrasse la question sous sOn veritable point de vue , et cependant il s en faut de beau- coup que la solution qu il en a donne soit ega-« iement satisfaisante. Suivant lui , tous ces im- inenses depots de substances vegetales sont dus a des commotions momentanees dc notre globe, ou a quelqu'une des grandes revolutions qu il aura eprouvees, pendant lesquelles les mers des Indes orientales ou occidentales ayant ete pous- sees jusquen Europe , auroient depose sur son sol, toutes ces plantes etrangcres que nous y retrouvons, apres les avoir arrachees sur leur chemin.

I/esprit d'observation est maintenant trop eclaire pour se contenter d une pareille theorie ; je n entreprendrai point pour cette raison dea demontrer 1 inconsequence , il suffira , je crois, de 1 avoir exposee.

Ayant ete apottee de frequenter pendant quel- que terns les mifies de charbon des montagnes des Cevennes , je fus frappe , comme Jussieu Tavoit ete a S. Chaumond , de la quantite et de la variete des empreintes vegetales que ces mines contie.nnent ; je profitai de cette occasion pour en former une collection assez considera- ble , ct je visitai dans cette vue la mine royale , autrement dite dc Monthaut, la mine dite de la

( 112 )

Forest , a trols lieues d'Alais , les mines de k Gratid-Combe , celles de Champ-Cloison , du Pradel , du Mas-Dieu , de la Verrerie , de Mar- couirol , du Negre, et enfin celle de S.Jean-de- Valerisque , a qui on doit donner la preference sur toutes les autres , pour le nombre, la variete, et sur-tout la belle conservation des empreintes qu'elle renferme ; avantage qu'clle doit a la nature de ses scliistes , qui , etant moins alumi-' neux que ceux des autres mines , ne sontpas si sujets a tomber en efflorescence , quand Ms sont exposes a lair ou a 1 humidite.

Quoique la plupart des memes plantes se Tetrouvent dans chacune de ces mines , il y a cependant des differences a cet egard, qui meri- tent quelque consideration , puisqu'elles peuvent gervir a proviver que leur foimation a cu lieu a des epoques difFerentes. Quelques plantes ne se trouvent que dans Tune de ces mines ; dans les autres , c'est une espece de fougere c|ui y est la plus nombreuse , ou des troncs de vegetaux re- connoissables a leur forme, qu'on ne rencontre point ailleurs. Quelques-unes rcrifcrment aussi des poissons qu'on chercheroitvainement dans les autres , et la mine de Saint-Jean-de-Valerisquc est la seule , ou on rencontre quelquefois des serpens, dontj'y ai recueilli plusieurs.echantilr , Ions

tii3 )

Ions. Les coquiiles fossiles ne sont point rarea dans les schistes des mines de Bayard ; elles le sont par-tout ailleurs , quoique leur couverture ordinaire , celle qui dans le pays leur sert d'indi- cation , soit une sorte de gres mi-parti de grains quartzeux et de terre calcaire tout rempli de gry- phltes, d'huitres et d'articulationsdencrinites, que je regarde comme des productions pelagiennes.

Parmi les vegetaux dont jc ramassai les echan-« tillons dans ces mines , je cherchai a recon- noitre quelques especes de ceux qui sont encore connus des botanistes , et mes peines ne furent pas entierement perdues , puisque je parvins a rassembler des echantillons non equivoques du bambou', des fragmens de feuilles de bannanier , etdes feuilles dun palmier tres-analogues a celle du dattier. Parmi tous les autres fragmens que jeposscde, un botaniste tres-exerce trouveroit sansdoute bien d'autres especes egalement recon- noissables a leurs feuilles; mais ii faut des moyens peu communs pour des recherchcs de cette nature , et ce n'est qu'avec un herbiei tres-riche, sous les yeux , et raoyennant Tattendon la plus scrupuleuse , que Ton pourra se flatter d'y par- vcnir. Les plantes que Ton peut plus aisement comparer sont les fougeres , soit a cause de la legularite que Ton observe dans leursnervures, soit N°. 3. P

^ cause de la plus grande nettete de leur empveinte dans les schistes; aussi j'en reconnus, parmi celles que je possede , trois de celles qui ont ete figurees par Jussieu dans les memoires de rAcademie, quatre dont Scheuclizer donna la figure dans son Herbarium diluvianum , ct trois seulemtnt dont je crois avoir ramasse les especes analogues dans I'isle de Madagascar , mais sur lesquelles je n'ai pas encore pris une determination positive. Je nc m'etendrai pas davantage sur cette partie de mes observations , qui trouvera un jour sa place , puis- que les ressources qui m'environnent me font es- perer de pouvoir m'en occuper utilement.

Les mines de charbon des Cevenncs se present tent de plusieurs manieres; elles sont tantot plus ou moins superficielles , et tantot ellcs scrvent de base a des montagnes de cent ou de cent cin- quante toises , sous lesquelles , ou elles conser- vent leur horisontalite , ou elles s'inclinent dans ■une direction analogue a celle des couches dont les montagnes sont composees , et quelquefois dans une direction toute differente. On y ob- serve que Tepaisseur du charbon est tres-sujette a varier, quoique en general assez reguliere dans la meme couche ; on la trouve a quelques en- droits ddpuis une toise jusqu a trois, et meme quatre, tandis qu'aiiieurs elie ne va pas au-deia

( Ji5 )

de deux pieds ; mais on a toujours remarque , qu'a mesure que ies couches de charbon s'incli- nent, elles acquierent plus d'epaisseur, et que leur paitie la plus epaisse est constamment la plus profonde. Si par consequent la couclie de charbon porte sur une base concave , ce sera le pohit du centre ou on trouvera plus d'epaisseur. II est rare qu'une couche de charbon se ren- contre seule , on en trouve ordinairement deux ou trols Ies unes sur Ies autres , et meme quel- quefois davantage , qui sont separees par des schistes a empreintes vegetales , par des grez con- tenant des coquilles fossiles , ou par des ochres disposees en couches, dont I'epaisseur est tou- jours beaucoup plus considerable cjue celle du charbon , mais aussi uniforme dans ses ondu- lations.

Les schistes sont toujours places en recouvre- ment au-dessus des couches de charbon ; ce lit schisteux , que les mineurs du pays nomment fisch , Icur sert de toit , et il sen trouve aussi quel- quefois des parties interposees aux couches meme? du charbon. C'est cette couche schistcuse qui est remplie d'empreintes de vegetaux, et souvent en si grande abondance , que si on en fend un bloc horisontalement, en quel endroitque le tranchant dc 1 outil porte , on est sur den rencontrer.

V 2

(ii6)

La couleur de ces schistes est d'un noir plus ou moins fonce , selon leur plus grande ou moindre distance des couches du charbon. Les parties du schiste qui en sont plus voisines sont noires , en pavtie combustibles, mais toujours plus denses , plus pesantes et moins luisantes que le charbon; elles deviennent dun noir plus pale tirant sur le gris-de-fer, a. mesure qu'elles s'en eloignent, et les plus eloignees sont d'un gris cendre dans quclques mines , et un peu rou- geatres dans les autres. On remarque que Tabon- dauce des empreintes est proportionnee a la noirceur du schiste , et par consequent a la dis- tance du charbon , cju'elle est considerable a sa proximite , moindre a une toise , et qu'elle dimi- nue dans la meme proportion que la couche schisteusc a acquis une plus grande epaisseur.

C'est de ces circonstances qu'il etoit esscntiel de faire connoitre que depend Texplication du phe- nomene dont je recherche la cause ; elle tientala formation meme des mines de charbon, et cette formation une fois expliquee , il ne me sera pas , je pense , difficile d'cn montrer la principale cause.

Les mines de charbon , quoique formees de substances vegetales, doivent leur origine a la mer. G'cst lorsque les lieux , ou on les rencontre

(117)

maintcnant, etoient couverts par ses eaux , que ces amas prodigieux de substances vegetales s'y sont amonceles , et cette operation de la nature qui etonne I'imagination , loin de dependre de quelque commotion extraordinaire du globe , paroit au contraire n'etre que le resultat du terns , dun ordrc existant , et sur-tout celui de la lenteur.

Les circonstanccs qu'on observe dans ces mines, telles que Ihorisontaiite des couches , soit du charbon , soit des matieres intermediaires , les coquilles de mer renfermees dans les gres qui les accompagnent , les poissons confondus dans les couches du schiste avec des jDlantes, et quelquefois avec des empreintes de serpent, ne permettent pas de douter que tous ces depots n'aient ete formees , quand les lieux on on les trouve aujourd'hui etoient recoviverts par les eaux de la mer. Les montagnes a couches cal- caires , contenant aussi des coquillages marins , par lesquelles quelques-unes de ces mines sont recouvertes, et auxquelles on ne compte pas moins de cent ou cent-cinquante toises d'elcva- tion au-dessus des couches de charbon , prouvent qu'a cette epoque la mer dominoit ces hauteurs , ct que les depots qui les ont formees s'y precipi- toient a une tres-grande prgfondeur. Mais 1 im- .

( 118)

mensite de substances vegetales qu'il a fallu pour former ces mines, fait bien naitre d autres idees; d'abord celle dune succession trcs-longue , qui est elle-meme demontree par 1 alternation des couches de charbon , par celle des schistes , et sur-tout par une plus grande abondance d em- preintes vegetales a la proximite du chaibon qu a. quelques pieds de distance, est la premiere qui sepresente; on cherche ensuite quel est 1 endroit d'ou tant de vegetaux sont venus, quand 1 Europe entiere ctoit couveite presqu en totalite par les eaux de la mer , et quand la place qu elle oc- cupe maintenant ne devoit laisser appercevoir de tout ce qui y existeque iessommites desAlpes et celles des Pyrennees , qui auroient du y pa- roitre comme autant de petitcs isles au milieu de 1 Ocean.

Scheuchzer a connu des mines de cliarbon sur les alpes , a plus de mille toises d elevation au- dessus du niveau de la mer ; celles des mon- tages des Sevennes sont situees a plus de cent toises au-dessus de son niveau ; 1 une d'entre elles , ceile de Saint-Jean-de-Valerisque supporte une montagne de pres de cent toises de hauteur, qui presente , a sa sommite , des couches de pierre calcaire , ne renfermant que des coquil- lages peiagiens. D'apres cette evaiuatioii , que

( ^19 )

je ne presente pns c(>mme rigoureuse , mais seu- lement connne approximative , on ne pourra disconvenir que 1 Europe eniiere ne fut cachee sous les eaux , quand les mines des Cevennes commencerent a se former, et que ccpendant les substances vegetales -quon y retrouve en si grande abondance , ne dussent y etrc apportees d une assez petite distance, pour que lesfeuilles de fougere , celles de bambou avec leurs tiges, etsurtout les feuiiles de bannanier dune consis- tence moins fibreuse que celle des premieres , dont on y retrouve les empreintes, y soient parvenues aussi entieres qrx'elles le sont , et pas plus endom- magees qu on pourroit les supposer, si elles eussentete enfouies etmoulees la ou elles avoient

vegete.

L'horisontalite des couches qui renferment ces empreintes, celles des empreintes dans Tinterieur des couches sont des preuves demonstratives de 1 immersion des vegetaux, a qui elles appar- tiennent , dans un liquide ; la difference de pesan- teur des couches schistcuscs oii elles sont conte- nues , relativement a celles clu charbon beaucoup plus legeres , etablissent avec utie force irrecu- sable la succession qui a eu lieu pendant la for- mation des unes et des autres, comme leur epais- seur , leur alternation , et sur-tout I'abondance

f 120 )

ou la rarete des empreintes, selon leur differetit degre de proximite du cliarbon , attestent la longue durec des causes a qui elles doivent leur origine ;

Loin d'attribuer, avec Antoine de Jussieu , IcL formation de ces depots immenses de vegetaux a, quelque violente commotion de notre globe , tout me retrace au contraire , dans la composi- tion de ces mines, Timage de Tordre et les traces de la lenteur. Tout depose que ces vegetaux ont vecu a une epoque quelconque , a des petits eloignemens du sol qui les recele , et que la terre sur laquelle ils ont vecu etoit aussi elevee alors, relativement a la mer, que le sol de TEurope Test aujourd'hui au-dessus de son niveavx actuel; si on compare les empreintes des mines de charbon avec celles que Ion retrouve journellement dans les concVetions tooheuses des rivieres , on en gaisira facilement les difierences ; celles-ci sont presque toujours pcUotonees, groupees les unes sur les autres dans tous les sens , tres-rarement entieres , et plus rarement encore horisontales , et cependant ces elFets , qu'on seroit tente d'at- tribuer a des causes tres-actives , ne dependent que du scul courant de leurs eaux.

La suite au numero suivant.

/"./ A-,/.///}'-,/'-/

t/^r>f //■/// f/ //7//,<A X<f/f//('^<' A^-''t7.

£tv/t/rt/ ,/r/-f\ i/vi'

Suite de t article sur les Mines de Charbon des montagMs desCevennes, et sur la double empreintedesfougeres quon trouve dans leurs schistes.

Par J. G. Bruguiere.

Tout Goncourt done a etablir que rentassement des vegetaux a ete successif dans la formation des mines de charbon , qu'il s'est opere lentement , et sansaucune secousse violente. Les coquiliages et lespoissons de mer quon y trouve dans I'etat fos- sile, ne permettent pas de douter, qua I'epoque ou iis y furent deposes , la coionne d'cau qui les recouvroit ne fut au moins egale a la hauteur actuelle des montagnes, au*dessousdesquelles les mines de charbon s'etendent , ou sur lesquelles on les trouve ; pourroit-on supposer que toutes ces plantes eussent ete transportees des climats ^ioignes ou elles croissent maintenant, qu'elles eussent ete entrainees par I'impetuosite de ces courans, quon a imagines avec si peu de neces- sity , sans que leur tissu delicat eut ete altere, que dis-je , sans que leur organisation eut ete detruite jusques dans leurs moindresparcelles?N est-ilpas plus simple etplusconforme, alaverite, de recon- noitre qu a cette epoque les terres qui ont fourni tant de vegetaux etoient encore plus elevees que

( 122 )

le niveau meme de la mer, malgre la liauteut considerable que nous avons' ele forces de lui designer, d'apres les traces encore existautes de son long sejour, et que, depuis cette epoque , jusqu'a nous , son niveau n a point cesse de s ab- baisser , comme la surface solide de la terre n'a point discontinue a perdre de son elevation, par des causes toujours egales et toujours agissantes, qui produisent encore les memes effeis sous nos yeux. Lorsque les choses etoient dans cet etat , la terre et la mer ne presentoient d'autre diffe- rence que celle d'etre plus elevees ,' d'environ douze ou quinze cent toises , qu'elles ne sont jnaintenant ; des fleuves , comme aujourd'hui , arrosoient la terre , et y cntretenoient la vigueur de la vegetation ; ces fleuves cliarioient sans doute dans la merles debris des terres quils tra- versoient dans leurs cours. Les pierres , les sables , les corps les plus pesans entraines par la pente de leurs eaux, parvenoient en roulant jusqu'a la mer; la, le courant du fleuve etant force a se ralen- tir par la resistance qu'il devoit eprouver, ces corps pesans devoient s'arreter les premiers , les terres , plus legeres ou mieux dissoutes par les eaux , devoient y rester plus long-tems suspenducs, et aller former au loin ces couches plus ou moins hojnogenes et vaseuses , qui , suivant leur diverse

(123)

nature, ont produit dans la suite des arglles ,' des marnes ou les autres depots meles de pro^ ductions marines, que Ion retrouve par grands bancs. Survenoit-il sur la terre solide de ces plules considerables, si communes dans les pays chauds, et dans ceux principalement qui sont le micux garnls de forets , les fleuves servoicnt d'ecoulcment a toutes ces eaux surabontantes , elles s'etendoient sur leurs rivages , et entrai- noient avec elles les vegetaux qui croissoient a leur proximite , parrai lesquels devoient se trouvcr abondamraent des fougeres , puisque nous ob- servons encore que le voisinage des eaux cou- rantcs est la situation la plus favorable a leur vegetation. Ces eaux bourbcuses , chargses de la depouille des campagnes, etant arrivees a lamer, les depots s y formoient sans confusion , les ma- ticres les plus pesantes se precipitoient les pre- mieres , les plus legeres , telles que les plantes, suspendues encore sur la surface de Teau, jusqu'a ce quelles en eussentete suffisamment penetrees, cedoient a Taction des vents dominans , ou a ceile. des courans, et-finissoient cnfin par se pre- cipiterau large, suivant qu'une de ces causes ou toutes les deux reunies en disposoient. C est par la repetition tres-long-tems continuee de cette cause simple et naturellc que ces masses pro-

(124)

digieuses de vegetaux se Sont amoncelees dans lamer, mais raction des courans soumarins apu aussi la contrarier dans quelques circonstances , et c'est vralsenablabiement a des causes analogues que Ton doit attribuer les interruptions qu'on observe dans les mines de charbon , pendant les- quelles le transport des substances vegetales , diminuant o-raduellement , ct finalement inter- rompu , etoit remplace par des vases de diverse nature , qui s'etendoient horisontalement sur les couches anciennes de depots vegetaux , et formoient de cette maniere les couches inter- me4iaires , souvent melangees de productions marines qui accompagnent les difFerens lits du charbon. Cepcndant le niveau de la mer tendoit sans cesse a s'abaisser, et depuis linterruption de I'abord des substances vegetales , il se formoit au meme lieu d autres depots marins , qui , selon I'abondance des matieres transportees ou leur rarete, ont contribue a elevcr des montagnes au- dessus d'elles , ou des couches plus ou moins su- perficielles. Pendant que les siecles s'ecouloient, lamer s'est toujours abaissee , la partie solide de la terre a gagne en etendue une partie de ce qu'elle perdoit en elevation, le bassin de la mer s'est retreci peu a peu , et enfin son ancien fond est ^evenu unc surface habitable, sur laquelle on

( '25 ) Teconnoit par-tout des traces Incontestables dff toutes ces differentes periodes.

Telle est la maniere dont je consols Torigine des mines de charbon ; on pourroit me contester que dans tous les cas elles soient dues a cette seule cause, sije ne convenois qu'elles peuvent aussi admettre dans Icur composition d'autres principes , tels que des substances animales, et meme de minerales ; mais si Ton reflechit que par-tout ou ion connoit de ces mines , on trouve aussi des empreintes de vegetaux dans les schistes qui les accompagnent , et que ces empreintes gar- dent , dans tous les endroits ou on les a observees , le meme ordre et la meme disposition que dans les mines des Cevennes , ne me croira-t-on pas en droit d'en conclure que ce sont les vegetaux qui en fournissent les principaux elemens.

Les fougcres etant les plantes qui se presentent le plus frequemment dans les schistes des mines de charbon, il me reste a expliquer pourquoi elles fournissent deux empreintes , Tune en creux, I'autre en relief, dune seule de leurs faces. Apres ce qui a precede , on se convaincra aisemeftt que ce phenomene depend de la structure seule des fougeres, et qu'il resulte exclusivcment de leur seule organisation. Les fougeres portent, comme on sait , Icurs fructifications attachees a la face

(126)

posterieure de leurs feuilles , sous la forme de points ou de iignes diversementsituees. Ccs fruc- tiGcations ont de la saiilie , et sont meine quel- quefois accompagnees de membranes. Elles sont / tres-serrees etitr' elles , et garnissent dans d'autres especes toute leur face posterieure , ou elles fer- ment une espece de duvet qui paroit lanugineux au tact.

Supposons maintenant que ces plantes , apres avoir ete suspendues quelque tems sur la surface de la mer , finissent par se prccipiter sur quelque sediment vase us. J e considere alors to us ces pe tits groupes de fructifications comme autant de petites eponges qui sont penetrees avec facilite par les parties les plus deliees des depots vaseux sur les- quels elles vont se precipiter , ou qui se precipi- pitent sur elles ; si, pendant que la feuille est flottante sur les caux , la face de ses fructifications se trouve tournee en dessous , lorsque cette feuille toulera dans la mer , cette face ira se mouler sur la face limoneuse du fond ; si au contraire , tandis qu'elle surnage, cette face chargee de fructifica- tions est tournee en dessus, dans ce cas-ci ce sera sa face opposee qui ira y deposer son em- preinte; s il survient ensuite une nouvelle couclie de depot limoneux, la feuille entiere s'y trouvera icnfermee ; les feuilles de f'ougere et les molecules

( 127 )

iimoneuses continuant a se precipiscr, la couchd sciiistcuse s'augnientera, le banc prendra de I'epais- seur, les empreintes vegetales s'y multiplieront, etl'augmentation de ce depot schisteux ne s'arre- tera que par I'interruption ou la cessation , on enfin par une direction difFerente des causes qui lui avoicnt donne naissance.

Lorsque, par I'efFet de rabaisseraent successif de la mer, ce banc schisteux paroitra au-dessus de son niveau; alors, soit par 1 elFet du terns ou de la pression , soit aussi par le concours de la chaleur, cctte couche, presque liquide dans son origine, aura acquis de la consistence, de la soli- dite, et les plantes qui y avoient ete deposees a Tepoque de sa formation , y auront contractedes adherences relatives a la structure difFerente de leurs deux faces : la face posierieure de la fougerc parsemee de fructifications se sera plus intime- men: unie au schiste , que sa face anterieure ordinairement lisse , parce q'je cette partie de la feuille aura etc plus intimement penetree par ia partie la plus delayee de la vase , et quelle s'y sera en quelque sorte identifiee au moyen de ses fructifications , au point de ne faire plus avec elle" qu'un seul et unique corps; la face lisse de la feuille aura au contraire fourni une empreinte en creux, et ce sera la seulequi pourra se separer de

( 128 ) contre-empreinte , coinme il arrive sur les schisteS des mines de charbon.

II resulte de ce que je viens de dire, que Tern- preinte en relief des fougeres doit etre consideree corame la feuille meme de la fougere dans Tetat fossile , ou reduite en charbon , ou penetree par les parties les plus attenuces de la matiere scliis- teuse , et qu'il n'y a qu'une veritable empreinte, cellc en creux, sur le dos que semble presenter une seule face de la mcme fougere, dont le relief de la feuille existante a fourni le raodele. En voici la preuve. Dans les fragmens de Bambou et de Bananier, que j'ai observe dans ces mines, et que j'ai moi-meme detache des blocs dc schiste ou ils etoient contenus , j'ai toujoui'S trouve les empreintes en creux des faces opposecs de la meme feuille , avec la substance de la feuille charbonnec cntre deux, et penetree de la matiere argileuse du schiste , ou bien lorsque la feuille de Bambou res- toit adherente a un des morceaux du schiste , quelques coups de marteau , frapp^s avec mena- gement , sufiisoient pour en detacher des frag- mens , au-dessous desquels jappercevois sur le schiste Tempreinte en creux de sa face opposee. La substance de la feuille etoit done conservee dans ces fragmens , puisqu'ils etoient combusti- bles, et en tout le rest^ semblables a une feuille

fliiucc

( 129 )

mince de cliarbon , mais leurs deux faces etant egalement lisses , elles n avoient pas contracte plus d'adlierence avec le schiste par une d ellcs que par I'autre , tandis que dans les fougeres ii en est difFeremment.

Celies-ci y adherent par tous les points de leurs fructifications , et voila vraisemblablement la cause, pour laquelle sur tant de fougeres fos- siles qu'on ramasse dans cts mines , il est si rare d'en rencontrer quelque parcelie , sur laquelle on appercoive des fructifications. Scheuchzer , sur toutes celles dont il a parle, ne fait mention que dune seule , dvi genre des polypodes, qu il annonce comme un morceau de la plus grande rarete. Jussieu dit, a la verite , en avoir' trouve dans les mines dc St. Chaumond, mais il faut croire que cet accident y est assez lare, puisque celles dont il nous a donne les figures en sont toutes privees. Quant a moi , le hazard ne me favorisa pas a ce point ; sur des milliers de ces empreinte^s, dontj'avois examine avec 1 attention la plus scrupuleuse les fragmens , il ne sen etoit pas presente un seul sur lequel jeusse pu en de- couvrir le moindre vestige , ce ne fut que long- tems apres mes recherches , que j en re^us deux echantillons de ces mines , dont les fructifications etoient manifcstes , et avec toute la saillie c|ui N". 4. R

{ i3o )

leur est naturelle. Ccs deux cchantillons ap- pardeiment au genre du polypode , mais les cirGon!>tances qu ils presentent meritent d etre detaillees , parce qu'elles confirment ce que j'ai deja avance. Ils consistent en deux morceaux de schiste de la grandeur de la paume de la main , dontun des cotes est charge de cinq ou sixfeuilles do lougere , couchees les unes sur les autres , peu adliercntcs, reduites en charbon , et disposees de maniere que la plus extericurc presente le dos et les fructifications qui s'y trouvent, avcc autant de nettete que les plantes dessechees que Ion conserve dans les herbiers. Aucune matiere schis- teuse ne s'etant introduite entrc ces feuilies, elles ont ete simplement reduites en charbon , sans avoir eprouve aucun changcment bicn sensible dans leur forme , ni sans dilferer beaucoup de celles qui sont adherentes aux schistes.

Je crois avoir rendu rexplication dc la for- ,mation des mines dc charbon assez vraiscmblablc pour repondre a beaucoup de difficultes; j'ai ex- plique par la meme hypothese la singularite frappante des deux empreintes dun scul cote de la meme feuille de fougere , j y ai trouve la cause de Texcessive rarete de leur face chargce de fructifications , et je crois aussi avoir suffi- $amment prouve que ce qu'on avoit considere

M

( i3i )

jusqu'ar.njourd'liul,commeutte deccsemprclntes en relief, est en etfet la substance mcme de la fcuiile dans I'etat charbonneux.

Sur uncnoiivelle Coquille du genre de tANOpONTitE. Par J. G. Bruguiere.

Le genre de la Moule comprend , dans la me- thode de Linne, des coquilies si csscntiellement differentes , que , sur vingt espcces , dont cct autcur a parle , il ne s'en trouve en eiTct que onze qui doivent lui appavtenir ; les autres ren- trent dans le genre de IHuitn , daus ceux de VHyronde ou de la Cardite , et deux d'entr'elles r appartiennent au genre de \ AnodontiLe, dont jc vais donner la description.

Outre ces deux coquilies , dont Linne a jiarle , et qu il a designees dansses oiiVrages sous les noms do. Mytilus-cygneui, et dc Myiilus-anaiinus, '] en connois encore sept autres especes , inde- pcndamment de celle dont je parlerai , qui , pour la plupart, n'ont pas etc encore decrites.

Le genre de YAnodontitc prend son nom de la tharniere des coquilies qu il renferme, laqucllc est nue et sans dents , et par consequent tres-

R 2

( i32 )

difFercnie de celle des autres coquilles dc la sec-^ tion des bivalves regulieres. II difFere de celui de la Moide , non-seulemcnt par cette circons- tance , qui nest applicable qua peu d'especes de ce dernier genre , mais aussi par la forme de Icur coquille , qui est plus iongue que large dans I'a. Motile, et fixee par un byssus , tandis que celle de V AnodontiU est plus large que Iongue , et libre .^ans tous les cas. II en differe sur-tout par le nombre de ses attaches musculaires , qui , ne passant jamais celui de deux dans la Moule , se trouve constamment ici de trois dans chaquc valve , sans compter c[uelques legers enfoncemens qu'on apper^oit dans la cavite de leurs sommets, qui peuvent aussi fournir de nouvelles attaches a I'ariimalde quelqucs cspeces, mais qui ne sont pas visibles dans les autres.

Ce dernier caractere merite consideration; il lui est, a la verite , commun avec Ic genre de la Mulcte, mais line se rencontre jamais dansaucune coquille bivalve marine , et peut ainsi servir a constater Torigine fluviatile des coquilles ou on le rencontre. On ne doit pas cependant en con- clure c[ue toutes les coquilles bivalves fluviatiles portent trois attaches musculaires, car il cxiste encore un genre non decrit et egalement distinct 4c eeux de la Mulcie et de VAnodontile, dont les

( i33) foquilles n'ont que deux attaches, et qui cepen- daiiL ne vivent que dans les eaux douces.

Si la meilleure methode de conchyliologie doit etre ceile qui poiteia egalcmejit §ur les animaux; des coquiiiages et sur leur envelpppe testacee , on peut en conclure , avec quelque vraisera- blance , que jusqu a ce que la connoissance des vers soit assez avancee pour entreprendre ce travail avec succes, ii faut au moins considerer dans les coquilles celles de leurs parties qui offrent le plus de rapports avec la structure de leurs ani^ ynaux , ou du moins avec quelque partie notable de leur organisation , parmi lesquelles il n est point douteux que les attaches musculaires ne doivent tenir le premier rang. Si Linne eut eu egard a cette partie esscntielle de la coquille , il n'auroit pas introduit dans le genre de \?l Moule , des Hultres et des Hyrondcs , qui nont qu'une attache dans chaque valve , des Cardites qui en ont deux , et des Anodontites qui en ont trois ; il auroit enfin distingue les Anomies des Terebrutules par ce seul caractere , independamment de ceux que la forme regulierc ou irreguliere de leur co- quille, et celie de leur cliarniere lui auroit encore fourni.

Ces reflexions ne seront point inutiles a ceux qui s'attachent au perfectionneraent des methodes,

(i34)

ct qui n'ignorent pas que c'est de la ligueur dc leurs principes que depend leur atilite , comme c'est sur rexactitude de leur application que sont fondees toutes les autres connoissances qui en derivent.

Anodontite.

An odontites.

Caract, du 2"enre.

CoguilU , bivalve, trans- verse, reguliere , libre.

Valves, egales , inequi- laterales , fermant par- tout, nacrees dans 1 in- terieur.

Attaches musculaires , 3 dans chaque valve ; une pres de leur bord ante- rieur , deux inegalcs , reunies ou distantes , pres de leur bord pas- te rieur.

Sommcls , toujours ca- ries.

Charniere , sans dents ni ca;nneltjre.

Lig<!tment , exterieur , peu c6uvexe.

Chavact. generis.

Testa, bivalvis , tra7is~ versa , regularis , libera.

Valvulce , aquales , ina- quilatera, undiquetlausa, intus margaritacea.

Impressiones muscula- rcs , trcs in unaquaquc valvula ; una prope mar' ginem anteriorem , dues inaquales unitce aut dts~ iantesjuxta marginanpos.- teriorem.

Apices, temper crosi.

Cardo , cdcntulus nee ca^ naliculalus.

Ligamentum , cxtcriiis parum prominens.

( i35 1 A NOD ON TIT E crepiic. Anodontites crispaia.

Anodo7Uite , coquille hrxodoniMts, testa ova-

ovale marquee de stries //, striis longitudinalibus

longitudinales et d'au- transvcrsisque devato-c'ris-

ties transverses elevees patis cajicdlata. crepues.Pl. 8, fig. 6, 7.

Descript.

Hauteur, 10 lignes ; largeur, i pouce 7 lignes ; profondtur, 6 lignes et demi.

Forme, elargie enavant, et marquee d'un angle pcu saillant, oblique , se terminant au bord , ar- rondie en arriere.

Valves , minces , garnies a Icur superficle de stries longitudinales creuses , distantes , peu mar- quees pres des bords et a Icur face anterieure , croisees par d'autres stries transverses plus serrees, elevees , onduleuses , et legerement lamelleuses pres des bords.

Attaches musculaires , trois dans chaque valve ; celle du bord anterleur grande et superficielle , les deux du bord posterieur inegales , reuuies , peu profondes.

Sommets , caries , peu saillans , et situes en arriere, au quart de la largeur des valves.

\

(i36)

Ligament , jaunatre, s'etendant depuis les sorti- iTiets jusqu'au tiers anierieur de la coquille.

Coulcur , brune exterieurement , cornee a la partie depouillee dcs sommets, d'une nacre ar- gentee interieurement, ct opaque sur les bords.

Cette coquille habite dans les rivieres de la Guyanne, d'ou elle m'a ete envoyee par M. ie Blond.

Explication desjigures 6 €t "] de la planche 8.

6. Valves ouvertes, de grandeur naturelie , de \Anodontite crepue, montrantleurs attaches muscu-' laires, dont les deux inferieures sont reunies.

7. Cette coquille fermee presentant sa con-» vexite et son ligament.

B O T A N I O U E.

Sur les travaux de Lt N N /E U s^

Par M. Lamarck. K '^^^

Tous les Naturalistes connoissent les ouvrages de Linnaeus. lis ne peuvetit se dispenser de leS lire , les mediter, et les consulter presque conti- nuellement, soit dans leurs propres etudes , soit

dans

dans les ouvrages menie qu'ils entreprenhetit cle composer. Eiifin, ils savent que cet illustrc Siie- dois s'cst acquis en Histoire naturelle une 'cele- brite et une autorite pour ainsi dire telicment universelles , qu'aucun auteur connu n'offre lexemple dune reputation semblable.

La grande celebrite de Linneeus ^ dont je viens de parler, lui est-elle justement acquise? Oui; je la trouve tres-fondee , et j'en ai la conviction intimc. Cc savant a fait fairc a presque toutes Ics parties de IPIistoire naturelle des progrcs enormes ; on peut nicme dire qu'on lui doit ics principales causes de ceux qu'elles continueront de faire a Tavenir ; ainsi il est pour mol de toute evidence , et sans doute pour tous les vrais Natura- listes , que cet illustre auteui merite la reputation qu'il s'est acquis , et que conservera sa niemoire.

Main tenant que mon opinion sur le merite dc Linnaeus n'est point equivoque , opinion que j ai developpee depuis long-tcms , puisqu'on la trouve clairement etablie dans mes premiers ouvrages, et sur-tout'dans le discours preliminaire (p. XLIIL) de mon dictionnaire deBotanique ; je trouve qu ii est de rinteret de la science de dctruire quelques prejuges auxqucls la juste celebrite de Linnasus a pu donner lieu. Or, pour y parvenir , je vais essayer de repondre aux deux questions suivantes. m 4. S

( 1-38 )

Premiere qiuitioa. Tout ce qua edit Linnxii-; en composant ses ouviages ; tous les genres qui! a etablis ; toutes les clilseiences spetifiqucs qu il a determinees cUus ses phrases ; toutes les regies qu'il a prestrites , etc. tous ces objets , dis-je , doivent-ils etre, sans exception, regardes corarae tellement fondes en convenances , qu'il ne soil plus pcrmis d y falre le moindre changement?

Reponse. Non : il ne faut jamais rien sacrifier a Tautorite ; mais il faut toujours accorder tout a la raison. Ainsi , a mesure c}ue les progres dc THistoire naturcile rcculent la liniite de nos cou- rioissances en ce genre , on doit prendre cons- tamment dans les ouvrages de Linnaeus ( comme dans Ceux des autrcs Naturallstes qui lui sont pos- terieurs, et ceux que Tavenir nous promet) tous les principes, ct toutes les determinations conve- nables aux londemens ct a lavancemcnt de la science : tandis qu'il iaut rejetter sans reserve et changer entierement ceux qui sc trouvent dans un cas contraire. A cet egard , c'est aux lumieres ct a. I'expericnce des hommes instruits qu'il conviendra de s'en rapporter , I'avbitraire ne dcvant jamais entrer comme element dans Icur decision.

Deuxieme qiiestion. Est-ce a la composition et a retablissement du systeme sexuel qu'on doit veritabiement rapporter la grande utiiite des

travaux de Llnnxus a ravancement de la Bo- tanique ?.

Reponse. Non : la Bptanlque doit a ce savant presque tous Ics bons principcs qu'on posscde sur ccllc science , et 1 on pent dire que cestprin- cipalenicnt dans cette belle partie de I'Kistoirc naturelle qu'il s'est acquis Ics plus grands droits a la celebrite dont il jouit. Mais le systeme scxuel, tout ingenieux qu'il est, et quoique propre a fairc le plus grand honneur au genie qui la imagine , ce systeme , j'ose le dire , nuit aux vrais progres de la science rneme.J ai expose ce sentiment par- tout dans mes ouvrages sur la Botaniquc , ct jc vais bientot essayer d en etablir les preuves les plus evidentes.

Ceux dc nos lecteurs qui ont su se faire une juste idee du merite de Linnaeus et de I'utilite dc ses travaux sur I'Histoire naturelle, sentiront que la inemoire de ce 2;rand liomnie n a rien a craindrc des critiques les plus fondees que Ion peut et qu il convient de faire, soit de certaines panics de ses ouvrages, soit de certaines vues ou de certains objcts de details, c|u ils contiennent. lis sentiront que ce qui lui rcsiera et auquel on ne devra jamais toucher , sera plus que suflisant pour justifier la reputation ct la celebrite dont il jouit. Tres-convaiucu moi-meme de la solidite

S 2

( Ho\

tie ce sentiment, je pense qu'en attaquant la valeurreelle clu systeme sexuel; en rejettant cer- taines considerations presentees par Linnaeus sur les genres ; en critiquant remploi qu il a fait clu mot JVectarium ; enfin , en i'ecomposant les phrases clistinctives d'un assez grand nombre d especes mcntionnees dans les ouvrages de ce Naturaliste ; je nc diminue aucunement le fon- demeut de la reputation de ce savant cclcbre. Or , pour Ic prouvcr , je vais rappeller succinc- tcment les principales obligations que la bota- nique doit a Linna;us.

On salt que les caractcres colkctifs employes dans la Botanique embrassent deux sortes de di- visions qu il importoit d etablir parmi les vegetaux connus. Les uns sont les caracteres classiques , c'est-a-dirc ceux qui ont pour objet la determi- nation des classes ; les autres sont les caracteres generiques , ou ceux qui servcnt a la distinction des genres.

Or, quoiqu'il soit impossible detendre et de propagcr nos connoissances sur les vegetaux , ainsi que sur les autres productions de la Nature , sans retablissement des classifications principales qui forment les premieres divisions d'une rne^ thqde ou d'lin systeine quelconque ; j ose assurer qu aucune sorte de division pest plus important^

( HI )

pour ravancement dc 1 Histoire naturelle , que ccile que nous offie retablissement des gcnics. En effet, c'est assurennent de la plus convenable et de la plus precise determination des caracteres collectifs qui circonscrivent les genres , que pen- vent naitre les vrais progrcs de cette belle science , puisque les genres emportent necessairement la fixation de la nomenclature. Ausd Ton salt assez combien les mauvaises determinations des genres, leursvacillations et les mutationssuccessives qu ils ont eprouves, ont retarde les progres reels de la science , par les changemens prcsquc insuppor- tables qu ils ont occasionnes dans la nomen- clature.

Eh bien ; peut-ctrc cjue sans Linnaeus , nous n'aurions en Histoiie naturcUe , et sur-tout en Botaniquc , que des genres indctermines, ou qui ne le scroient; que d'une rnanicre vague et obs- cure. Pcut-ctre encore sans lui , n'aurlons-nous pas l.art de determiner netteraent et complette- ment la fructification dune plante ; et ne con- noitrions-nous pas la seule m.aniere convenable de presenter et d'exprimer cette determination , de laquclle cependant dependent tous les progres de la science. Je \ais esstiyer d en donner les preuves.

Si 1 on veut remonter a lorigine de letablis-

( 142 )

sement dcs genres , a peine pcut-on en trouver qui meritent veritable men t cc nom dans Ics ou- vrages desBotanistes qui ont precede Tournefort. A la veiite, dans le fameux Pinax de G. Bauliin , on trouve en quelque sorte des genres etablis dans le cours de louvrage , genres sous lesquels I'auteur presente des especes designees par une phrase et de la synonymic. Mais quelle determi- nation ce Eotaniste a-t-il donne de ces genres , si ce n'cst en general Tetymologie du nom qu il adoptoit , ou qu il Icar assignoit. Cependant , qu'est-ce qu'un genre sans la determination pre- cise des caracteres qui peuvent le faire connOitrc et en circonscrire les limites? Ce que je viens de dire des genres de G. Bauhin , je puis presque le dire encore de ceux de Morison et de Rai : ces derniers neanmoins ayant etabli de meilleures classifications que G. Bauhin, les fondemcns de leurs genres sont moins obscurs , et les rapports dans la fructification des especes y sont plus indi- ques. C'estenvain, malgre cela, qu'on y cherche une determination reelle ou suffisante.

11 en faut done rcvenir a Tournefort pour trouver Tctablissement des genres les micux congus , et les plus riaturels qu'on eut presenles jusqu'aiors. C'est une justice qu on ne pourra jamais s'empecher de rcndre a cet illustrc Bota-

( 143 )

ioiste. Mais apres avoir forme les meilleurs rap- prochemens dcs plantes connucs cle son tems , qu'on p,cut regavder comme congeneres, et avoir presente des genres tres-naturels , Tournefort ne fit qu'un expose vague du caractere de ses genres ; il ne mit point la precision convenable dans leur deicrminatlon ; et malgre la divcrsite de leurs caractcres , il s exprima toujours a-peu-pres de la raeme maniere en les exposant. Cest ce qui a fait dire a Haller qu'il sembloit que Tartiste qui a destine les details des genres institues par Tour- nefort , a mieux connu ces genres , que 1 autcur meme qui a indique ces details sans les carac- teriscr.

Plumicr, Boerhave , Micheli , ect. ont a-peu- pres suivi, dans \ exposition des genres, la maniere de faire de Tournefort ou de Rai , et n'ont fait faire presqu'aucun progres a cette paitie impor- tante de la botanique.

Ainsi cest au celcbre Linna:us qu'il faut rap- porter la gloire d'avoir le premier expose , avec la plus grande precision , les caracteres naturch des genres ; cest lui qui , le premier , a etabli Tart si precieux pour I'histoire naturelle, de determiner , avec concision , le caractere essen- tiel { ou distinctif ) do cliaque genre ; c'est a lui

( i44 I seul qu'on doll lavantage de savoir decrire , aved ciaite , la irucLification dcs vegetaux dans ses plus grands details; enfiii c'est encore a lui qu'on est redcvable de la scule maniere convenable de s'exprimer dans une description , en un mot lors- qu'on expose les caracteres (soit de la fructifica- tion , soit du port) dts plantes.

A ces egards, tout ce que Linnaeus fit d avan- tagcux pour la botanique , il Ic fit aussi pour la zoologie entiere ; ct ne donna pas moins de preuves de son genie en traitant le regne mineral, quoique, dans cette partie de riiistoire naturelle, il fut moins heureux en principes et en conve- nances dans les rapprochemens et les determina- tions , que dans les deux autrcs regnes.

»JMIUIJIMlUIJIjM«aLJ]llAl!m^.«»Bma»t-

Sur une nouvelle espece de Van TAN E.

Par M. Lamarck.

Tous les travaux des Naturalistes tendent prin- cipalemcnt a la determination des especes , et a les faire connoitre sous tous leurs rapports; car dies seules sont I'ouvrage de la Nature , et ieur

existence

( 145 )

Existence ne dependpas de notre opinion , comme celle des classes et des genres que les Naturalistes n'ont institues que pour faciliter la connoissance des especes. ( Voyez le mot EsPECE , dans mon Diet. de Bot. vol. 2 , pag. 3g5. ) L'interet qu'on a de connoitre les tspeces est done en raison directe de la solidite de cette connoissance.

Ici je presence comme une nquvelle espece dun genre connu , une plante envoyee de la Guyane par M. le Blond. Cette plante me paroit congenere du Vantanea d'Aublet. { PI. Guyari, t. 229. ) Voici le nom et les caracteres^ue je lui

assigne.

Vantane « pctitcs Jleurs%

Vantanea parvijlora , t. 5.

V. a feuilles ovales un V. Foliis ovalibus ohtU" peu obtuses, ovaire lai- ^iuscults, germine lanato.

neux.

* Fructification.

Cal. Court , mono-^ phylle , a 5 dents trcs- petites.

Cor. Cinq petales li-

* Fructificatio.

Cal. Brevis , monophyl^ lus , 5-dentalus : dentibus minimis.

Cor. Petala quinque ,

neaires , sessiles , plus lincaria , sessilia , calyce IS". 4. T

(145)

longs que lecalice, ve- longidra , extus hinuta^ lus en dehors.

Etam . Fiiamens nom- Stara. Filamnita nume-^

breux , capillaires , un rosa , capiUaria , corolla

peu plus courts que la subbreviora , receftaculo

ccrolle , att. au recep- inserta. Antlura ovatce ,

tacle. Antheres ovales , hinc caudate- acuminates ,

aeuminces en queue d un parvx. cote , petites.

Pht. Ovaire superieur, Pist. Germcn svpcrum ;

ovale-arrondi , laineux. ovato - subrotuiidum , Iw

Style filiforiTie , un peu natiim. Stylus Jilifonnis ,

epais , glabre , de la Ion- crassiusculus , glahcr, lon^

gueur des etamines. Stig- giludinestaminim.Stigma

mate obtus. obtusum.

Peric. . . .

<S<;;w. . . . Sem. ...

* Port. '" Habitus.

Arbre? . . . Rameux. Arbor? . . . Ramosa'.

Rameaux ligneux , cy- Ratni lignosi , teretes , e

lindriques , d'un gris cinereo fusci. Ramuli al-

brun. Petits rameanx terni , obsolete angiilati. alt. obscurement angu- leux.

Feuilles alternes, ova- Folia alterna , ovalia ,

les , un peu obtuses , ohtusiuscula, i?itegerrinia,

f

( 147 )

tres-entieres, peilolecs, pctiolata , utinque lavia^

lisses de chaque cote, nitidula , iublus nervosa,

un peu luisantcs , nerv. 3 s. 4-pullicaria. Petioli

en dessoas , longues de canaliciduti, 3-linearis, 3 ou 4 pouces. Petioles canalicules, longs de 3 llgnes.

Corymbes tcrminaux , Corymhi terminales, mul-

multiflores : a pedon- tijlori : pediinculis alierne

cules , ayant des rami- rcimosis, brevihus, pubcs-

ficaiions alt. courtes , ccntibus. pnbescentes.

Z,. M. la Guyane? 5. Habitat in Guyana? 5.

Cettc espece , tres-voisine par ses rapports du Vantanca guiancnsis d'Aublet , constitue , comme cclle d Aublet , un arbre ( ou un arbrisseau ) ayant ie meme port, le menie feuiliage , et la meme inflorescence. Mais dans cette nouvelle espece les fleurs sont plus petites que dans celle d Au- blet; les pedoncules sont pubescens; les petales sont charges en dehors d'un duvet court, a polls retroflexes; et Tovaire est abondamment laineux. Si cette nouvelle espece le cede a celle d'Aublet par la grandeur et la beaute de ses fleurs, elle la surpasse peut-etre par son feuiliage, qui estbicn garni, luisant , et d'un aspect agreable. Cette

T 2

(14^ plantefaite parde de la belle collection d'Histoire Naturelle, envoyee de la Guyane tres-recemment par M. le Blond, a la societe d'Histoire Naturelle de Paris , ct a quelques-uns de ses membres en particulier , au nombre desquels M. le Blond a bien voulu rae joindre.

Sur un 7iouveau rhomlo'ide de Spath calcaire> Par M. H a u y.

I.a fecondite des loix auxquelles est soumise la crystallisation ne se montre nuUe part plus sensiblcment que dans la production des Spaihs calcairei. Au milieu de ce grand nombre de polye- dres divers qu'elle fait sortir de la combinaison des molecules de cette substance , et dont quel- ques-uns n'ont aucun rapport apparent, comme le rhomboide dune part , et le prisme hexaedie de Tautre , elle nous offre la forme rhombo'idale elle-meme , avec des dimensions respectives et des mesurcs d' angles tres-differentes , et le con- traste qui existe entre les deux polyedres que je viens de citer , a peut-ctre quelque chose de jnoins singuiier , que cette diversite d'angles, jcelativemcnta jiueforme que la nature sembieroit

{ 149 ) devoir toujours reproduire d'apres le meme type , en elaborant les memes elemens.

On connoissoit deja trois rhombo'ides differens parmi les Spaihs calcaires ; savoir , le rhombo'ide obtus ( De risle , crystal, torn, i, pag. 497, cspece 1 . ) ; le rhombo'ide tres-obtus ( Ibid. p. 5o\, var. 2. ) , et le rhombo'ide aigu ( Ihid. pag. 260 , var. 12, Spath calcaire muriatique.) (1). Le savant que nous citons ici avoit trouve tantde difliculte, pourramener, d'apres sa methode , la forme de ce dernier rhomboide a celle du premier , que , dans son tableau lithologique , n°. II (2) , il les met Tune et Tautre au rang des formes qu'il appelle primitives , attribuaint ainsi deux de ces formes a une meme espece de mineral. La ma- niere dont il faut s'y prendre , pour diviser le rhombo'ide tres-obtus et le rhombo'ide aigu dans le sens de leurs joints naturels , et en extrairela forme primitive commune a tous les crystaux calcaires , se trouve exposee dans Tessai dune theorie sur la structure des crystaux , p. 77 et 1 08 , ainsi que les loix de decroissemens tres-simples , d'ou dependent les formes de ces crystaux.

(l) Les fig. I , 2, et3 represenient ces trois rhoniboides en prorjection verticals.

(1) Ce tableau se trouve a la fin de I'ouvrage, qni a pour litre : des caract^res exterieurs des minirauxt

( i5o)

^ Jai reconau en i 788 un quatricme rhomboi'cle dtSpath calcairc, dont j ai parle dans un memoire lu la meme annee a 1 academic des sciences , sur une methode de calcul analytique pour resoudre generalement tous les problemes relatifs a la theorie du rhombo'ide. M. Macie, de la societe royale de Londres, qui n avoit aucune connois- sance de ce memoire , m'ecrivit, I'annee derniere , qu'il avoit observe , parmi des crystaux trouves dans le Derbischire , un Spath calcaire rhomboi'dal, dont laxc etoit beaucoup plus allonge que celui du rhombo'ide aiciu ordinaire. II m envoya les valeurs de ses angles mesures mecaniquement, et qui etoient a-pcu-pres les memes que ceux aaxquels m'avoit conduit le calcul theorique , et il m'indiquoit de plus la loi de decroissement a laquelle ilpresumoit que la structure de ce rhom- boide devoit etre soumise , et cette loi se trouvoit etre aussi la meme que j'avois determinee, d'apres la theorie, dans Ic memoire cite. Je dois dire, au teste, que je n ai pas encore trouve ce rhom- bo'ide complet. Sa forme etoit modifiee par des facettes lineaires , dont j Indiquerai plus bas la position. Mais le caractere de la forme rhom- bo'idale dominoit, en general, dans les crystaux , et c est a ce seul caractere que je vais d abord m attacher.

{ i5i )

Cette vatiete , que j'appelle Sp^lh calcaire rhorri- Icidal trcs-algu , est rcpresenfee fig. 4, ayant ses deux soinmets, c"est-a-dire les deux angles soUdes formes de trois angles plans cgaux , situes en a et en m. Chacun des deux angles plans aigus dag^ djg, de Tune quelconque adfg, des faces, a pour mesure 45*^ 84' 22", ce qui donne pour Tangle obtus adf ou agf , i5/^^ 25' 28". L'in- clinaison respective de deux quelconques adfg, ahng, des faces d'un merne sommet , est de 65'* 41' 2", d'ou il suit que adfg est inclinee sur Jgnm de 114^ 18' 58". Ces mesures s'accordent avec celles que donnent les observations faites sur les crystaux dont les faces sont planes eh bien prononcees.

Pour trouver le noyau de forme primitive reri- ferme dans le rhombo'ide tres-aigu , on dirigersi d'abord le plan coupant sur Tune quelcoiiquc=^ adfg des faces , de maniere que la section passe Jiar la diagonale dg, ou par une parallele a cette diagonale, etqu'elle soit inclinee d'environ 149*^, sur le plan du triangle dfg. 1-a veritable mesure de cette inclinaison est 149^^ 2' 11". En repetant cette operation sur les cinq autves faces , et en continuant de diviser toujours parallelement aux premieres coupes, jusqu'a ce que tous les plans du crystal secondaire ayant disparu,.on aura 1^

•( l52 )

tliomboide obtus represente fig. i . J'ajouterai Icl^' en faveur dc ceux «jui ont deja connoissance de la theoiie sur la structure des crystaux , dont je me propose de donner bientot dans cc Journal line exposition raisonnee , la plus elementaire et la plus claire qu'il me sera possible , que le rhom- boide tres-aigu resulte d'un decroissement par trois rangees dc molecules integrantes , sur les angles BCD, ABG, ADE , GFE , etc. ( fig. i . ). opposes a ceux qui sont contigus aux sommets A , L , de la forme primitive.

Les crystaux de cette variete que j'ai observes etoient demi-transparens, et dune couleur grise. Lalongueur de leur axe , prise de a en m (fig. 4.), yarioit depuis deux lignes jusqu a un pouce et au-dela. M. Beaurin a, dans sa collection , un b-eau grouppe de ces crystaux. ,c En comparant les dimensions respectlves et les angles des quatre rhomboi'des de Spath cal- caire, j'ai trouve, cntreles formes de ces crystaux, des rapports qui mont paru dignes d'attention.

Supposons, pour plus de simplicite, que dans les quatre rhomboi'des, les diagonalesBD (fig. 1), MN (fig. 2.) , RY (fig. 3.) , et dg (fig. 4.) . soient egales entr'elles ( 1). Dans cette hypothese, I'autre

(l) II est facile de se rcpresenter ces diagonales que je n^i point fait tracer, pour ne pas alierer I'aspect de la forin^ rhomboidale.

diagonal?

V ^; nx"

PI. cS

,/i>///y/t// ,////<! / .\',//u/r//(^ ^y -/

y'i. ■/////./ ./trt :/■//

( 153 )

cliagonale OK. (fig. 2.) clu rhoraboi'de treis-obtus sera precisement egale au cote AD (fig. 1.) du rhomboi'de obtus ; le cote VZ (fig. 3.) du rhom- boide aigu, sera egal a la diagonale AC (fig. 1.) du rhomboi'de obtus, et le cote ag (fig. 4.) du rhomboi'de tres-ai2;u sera double du cote AD (fig. 1.) du rhomboide obtus, ce qui fournit un moyen simple pour executer , avec precision, des solides artificiels representatifs des trois der- niers rhomboides , en se reglant sur les dimen- sions du premier.

Si Ton compare maintenant les m ernes crys- taux , relativement aux inelinaisons respectives de leurs faces et a leurs angles plans ; on trouve dabord que le rhomboide aigu est en rapport avec le rhomboide obtus. Car , i°, les inelinai- sons de I'une quelconque IRXY (figv 3.) des faces du rhomboide ais:u sur les deux faces voi-' sines RTVX , IZVY , sont egales aux valeurs des angles plans BAD , ABC ( fig. i .) du rhom- boide obtus, c'est-a-dirc dc loi'^ 32' i3"

2°. Reciproquement les inelinaisons de Tunc quelconque ABCD (fig. 1. ) des faces du rhom- boide obtus sur les deux faces voisines ADEF , BCLG sont egales aux mesures des angles plans

N^ 4. V

( i54 )

IRX , RXY ( fig. 3. ) du rhomboidc aigu , c es»^ a-dire de 104^ 28' 40" 75^' 3i' 20".

3". De plus , si Ton prcnd le quadrilatcie ACLF ( fig. 5. ) forme par les diagonales AC, FL (fig. 1. ) de deux faces opposees du rhomboide obtus, et par les aretes intermediaires AF , CL , les angles de ce quadrilatere seront absolument les memes que ccux du quadrilatere forme sem- blablement sur le rhomboide aigu , ou de celui qui passeroit par les points I , X , V, Z ( fig. 3. ) , c'est-a-dire de IDS'! 26' 6"— yi-i 33' 54".

La comparaison des inclinaisons respectivcs et des mesures d'angles prises dune maniere analooue sur le rhomboide tres-obtus ct sur le rhomboide tres-aigu conduit pareillement a trois egalites. La premiere donne 114"^ 18' 58" 65-' 4.1' 2", pour les inclinaisons respectives des faces du rhomboide trcs-aigu, et pour les valeurs des angles plans du rhomboide tres-obtus. La seconde donne iS^^ 25' 38" 45^ 84' 22" pour les incli- naisons respectivcs des faces du rhomboide tres- obtus , et pour les mesures des angles plans du rhomboide tres-aigu. La troisieme enfin donne log^ 23' 52' 40'^ 36' 8" pour les angles des qua- drilateres pris sur deux diagonales opposees , contigues aux sommcts , et sur les aretes com- prises entre ces diagonales , c'est-a-dire du qua-

( i55 •) diilatere qui passeroit par les points 6,K,H',S, ( fig. 2.) ct de celui qui passeroit par les points a,fm,h, { fig. 4. )

Ces proprietes , qui etablissent une sorte d'har- moiiie dans le systeme de ligncs relatif aux dif- ferentes formes d'une mcme substance , et dont je pourrois multiplier les exemples , sans meme (luhtev les Spaths calcaircs , sont assez communes dans les crystaux. Elles font voir combien la geometric , si necessaire a la crystallograpliie , pour deteimincr et pour demontrer les ioix qui president au mecanismc intime de la structure, peut encore lui ofFrir de ressources , meme en se bornant au developpement de la surface , pour rendre Tetude dcs formes a-la-fois plus facile et plus interessantc, en la liant a des combinaisons qui secondent Toperation de la memoire par lea \ lies de I'intelligence (1).

Quant aux faccttes lincaires dont j"ai parle ,

(l) II est important de remarqiier que les proprietes clotit il s'agit, sont fonde'es siir des rapports entre des ligues que la geomeirie represente d'ni;e maniere rigou- reuse , en sorte que les angles qui resultent de ces rap- ports , et qu'oii ne peut evaluer que par approximation, comme je I'ai fait en m'arieiant aux secoiides de deo-i-e , ui; diflereiit riellcinent pas entr'euxde la plus petite qujia- tile imogi:iable.

V 2

. ,( i56 ] elles sont situees deux a deux de part et d autre des aretes contigucs aux sommets , et depen- dent de la loi qui produit le Spath calcairc k douze triangles scalenes.

J ai observe recemment un cinquieme rhom- boide de Spaih calcaire , dont les angles ne dif- ferent pas tres-sensiblement d'avec ceux de la variete qui vient d'etre decrite , mais dans lequel le noyau est engage, de maniere que ses faces correspondent aux aretes , et non pas aux faces memes du rhomboide secondaire , comme dans le precedent. 11 se divise par des coujies tres- nettes dirigees obliquement , et de bas en haut vers les aretes contigues aux sommets. Je ferai connoitre ce rhomboide dans un autre article , ainsi que les loix partlculieres de decroissement auxquelles sa structure est soumise.

!haf^wtf.',-aa»iiiuii>4iij]in-i.

•Hclite. d'ouvrages sicr VHistoire J\''atiirelle , publm en Allcmagne.

Par M. \V I l l e m e t.

Catalogus plantarum hcrii hotanici Carohxuhani ^ iecitndum systtmatis vegcrabilhim Caroli a, Linne t fditioncm decimam quartam. *', '"C^atalogue des planfesdu jardin botaiiique d^

( 1^7 ) Carlsruhe , suivant la [quatorzleme edition du systeme des vegetaux de Charles de Linne. A Carlsruhe, chez; Macklot , et se trouve a Strasr bourg, chez Amand Koenig, Libraire. 1791. m-8° de 60 pages, prix i5 sols.

Cette enumeration alphabetique Linneenne ofFre 3i i2g plantes , tant exotiques qu'indigenes , qui appartiennent au Prince de Bade. EUes sont cultivees par J. M. Schwevckert, jardinier au- lique , extremement instruit. Les plantes mar- quees d'une asterisque , sont cellcs qui ne se trouvent pas decritcs dans le systeme dc Linne. Parmi ces dernieres du jardin botanique de ce Margrave, nous remarquons I'Erable a feuilles laciniees, le Maronnier d'Indc jaune , TAnacarde orientale, Ics andromedes axillaires, a. feuilles de myrthe , pilulifer, la Boheravc elevee , TAne- monc a petales fendus , le Ciste de la Nouvclle- Espagne , le Cypres de Portugal, la Deiphinette intermediaire , laViperine fastucuse , laBruyere brunatre , le Figuier vcrdatrc , le Genet ctale, a hameqon , les Geranions rutilans et a feuilles ovalcs , le. Millcpertuis etale, IHissope a bra- ctees , rindigotier blanchatre, la Lavande spe- cieuse , la Mauve lanceolee et celle deStittinger , le Meurier a feuilles dechiquetees , lOnagre rose, le Syringa pubescent , le Polljch champetre , le§

( '^8 ) Peupliers grecs a feuilles en cceuret angulalre de la Caroline , les Sauges formoses et a feuilles de tilleul, la Scrophulaire nouvelle de Lima, le bois dc Fer noiratrc , le Silene couche , Lys du Cap , le Tilleul blanc , la Viorne a feuilles de poirier , et laZinne raulatre.

Moldcnhauer tentamen in historiam plantarum Tlieophrasti.

Essai sur Ihistoire des plantes de Theophraste. A Hambourg, et se trouve , a Strasbourg, chez Amand Koenig , Libraire. 1791. ni-S".

M. Moldenhauer, dejaavantagcusement connu par une excellente disssertation sur les vaisseaux des plantes , fait parcitre aujourdhui plusieurs passages de Theophras,te , eclaircis par des ob- servations tres-exactes. II en a , independamment de ceux-ci , retabli d'autres , dont le sens etoit impenetrable.

Exposition abregee

De la theorie sur la structure des Cr'ystaux.

Par M. H a u y.

I,es dlfFerens articles relatifs a la crvstallisation que je me propose de publier , dans ce journal ,

( i5U

a mesureque robservation amenerade nouveaux faits , me donneront lieu de faire connoitre aussi dc nouvelles appllcatiotis de la theorie que j'ai publiee , il y a quelques annees , sur les loix aux- quels est soumise la structure des crystaux (i). J'ai cru , en consequence , qu il ne seroit pas inutile de preparer ici , en quelque sorte , ces applications, et de mettre , ceux qu'elles pour-' roient interesser , sur la voie pour les bien con- cevoir , en reprenant la suite des principes sur lesquels est fondee la theorie dont il s'agit.

Les recherches successives que j'ai faites pour etendre et pericctionner cette theorie, I'ontele- vee a un degre de generalite, dont je ne Tavois pas crue d'abord susceptible , mais qui ne peut etrebien saisi. qu'a Taide du calcul analytique (2). Outre le meritc qua Tanalyse denvelopper , dans une seule formule, les solutions d'une mul- titude de problemes difFerens , elle peut seule imprimer a la theorie le caractere de la certitude , en parvenant a des resultats parfaitement dac-. cord avec ceux que donne 1 observation. Malgre ces considerations , j'ai cru devoir preferer ici

(l) Essai d'une theorie sur la structure des crystaux. Paris , 1784.

(a) Voyez les Mem. de I'Ac. des Sc. an, 1790.

( '^8 ) une exposition raisonnee de cette meme theorie: i et me borner a donner une idee des loix qui lui servent de base , en rendant sensibles les effets de ces loix par des constructions faciles a saisir ; c'est-a-dire , par des figures accompagness d'ex- plications propres a faire concevoir Tarrangcment respectif des petits solides qui concourent a former un meme crystal. C'est cet arranoement que j'appelle structure ^ par opposition au terme d' organisation , qui exprime le mecanisme beau- coup plus compose que presente Tinterieur des animaux et des plantes. Si cette marche est beau- coup moins directe ,■ moins expeditive et moins rigoureuse , si elle exige que Tattention se fixe sur des details que le calcul franchit , pour aller rapidement a son but , elle a du-moins cet avan- tage, que I'esprit parson moyen apper^oit mieux les rapports qui lient entr'elles les difTerentes par- ties de Tensemble qu il considere , et se rend plus aisement compte a lui-meme des connoissances auquelles il est parvenu (i).

(l) Je me propose de reunir les avautages des deux melhodes dans un ouvrage particulier, ou j'essaierai de presenter la raiueralogie sous tous les points de vue qui peuvent coucourir h. en faire une veriiable science.

La suite au numiro suivant.

\

(161)

Suite de tExpoiition ahregk de la theorie stir la structure des Crptaux.

Par M. H a u y.

L Division rnecanique des crystaux.

On sait qu'une meme substance minerale est

susceptible de plusieurs formes diverges toutes

bien determinees , et dont quelques-lines ne pre-

sentent , au premier aspect, aucun point com-

mun qui paroisse indiquer leur rapprochement.

Si Ion compare , par exemple, le Spath calcaire

en prisme hexaedre rcgulieravec Ic rhombo'ide (l)

du meme Spath , dent le grand angle plan

est d'environ 101^^, on sera tente de croire

d'abord que chacune de ces deux formes est

entierement etrangere a Tegard de Tautre. Mais

ce point de reunion qui echappe, lorsqu'oft se

borne a la consideration de la forme exterieure ,

devient sensible des qu'on penetre dans le raeca-

nismc intime de la structure Car si Ion essaic

d'entamer le prisme hexaedre , en suivant les

(i) J'appelle rhombo'ide \xn solidetermine parsix rhombef egaux et semblablts,

W. 5. X

( i62 )

joints naturels cles lames qui le composent, on parviendra a. en extraire un rhonibo'ide entiere- ment semblable a celui dont nous avons parle. Supposons que abef[ii\. g, fig. i. ) rcpresente ce piisme. On trouvera que , parmi ies six arelcs 2 71, nc , cb , etc. de la base superieure , il y en a trois qui se pretent a la division mecanique. Soit in une dc ces deniicres aretes. La division se fcra suivant un plan psut, incline de 4^^^ tant sur la base ahcnih, que sur le pan inef. Les deux aretes he , ah , admettront des divisions analogues a la precedente , sans qu il soit pos- sible, d'en operer de semblables sur les trois aretes intermediaires c?i, ab , ih.

Ce sera tout ie contraire par rapport a la base inferieure gfedrk. Car les aretes de cctte base qui admettront des divisions , seront opposees aux aretes non divisibles de Tautre base ; ^c'cst- a-dire que ce seront les aretes de , gf, k r. Le plan lg)>v represcnte la section faite sur cette derniere arete. On aura done six plans mis a decouvert par les sections , et si Ton continue dc diviser toujours parallelement a ces sections, jusqu'a